Politique
Drame sanitaire dans les îles du Saloum : l’appel de détresse de Fatou Binetou Fall au président Diomaye Faye
-
-
par
Diack
Dans l’archipel du Saloum, donner la vie peut relever du parcours du combattant. Faute de routes, de structures sanitaires de proximité et de moyens de transport adaptés, des dizaines de villages de la commune de Djirnda, dans le département de Foundiougne, restent difficilement accessibles aux services de santé. Face à cette situation, l’association Niominka Sénégalo-Turballais a décidé de briser le silence.
Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, la présidente de l’association, Fatou Binetou Fall, tire la sonnette d’alarme sur le blocage d’un projet de centre de santé destiné à améliorer la prise en charge médicale des populations insulaires.
Selon elle, les financements nécessaires à la réalisation de l’infrastructure ont été mobilisés depuis plusieurs années. Pourtant, le projet demeure à l’arrêt depuis 2021, en raison, affirme-t-elle, d’un différend lié à la mise à disposition du terrain par les autorités municipales.
« Nous sommes du côté de la mère qui accouche sur l’eau »
Dans cet environnement marqué par les bolongs et la mangrove, l’accès aux soins constitue un véritable défi quotidien. Pour les femmes enceintes, rejoindre une maternité peut nécessiter une traversée en pirogue, parfois de nuit et dans des conditions météorologiques difficiles.
« Nous sommes du côté de la mère qui accouche sur l’eau, du côté de l’enfant fiévreux qu’on ne peut évacuer. Le droit à la santé est un droit constitutionnel », déclare Fatou Binetou Fall.
La présidente de l’association souligne que certaines évacuations sanitaires peuvent coûter jusqu’à 60 000 FCFA, une somme particulièrement lourde pour des familles dont les revenus dépendent essentiellement de la pêche et de l’agriculture.
Dans certaines situations, le temps perdu avant l’évacuation peut pourtant être déterminant. Une complication obstétricale, une fièvre élevée ou une urgence médicale peuvent rapidement devenir critiques lorsque le patient doit parcourir plusieurs kilomètres en pirogue avant d’atteindre une structure de santé.
Un centre de santé bloqué depuis plusieurs années
D’après l’association Niominka Sénégalo-Turballais, le projet de centre de santé devait contribuer au désenclavement sanitaire de plus d’une dizaine de villages insulaires de la commune de Djirnda.
Le projet aurait bénéficié, à ses débuts, de l’accompagnement du sous-préfet et de financements mobilisés pour permettre sa réalisation. Mais depuis 2021, les travaux restent bloqués.
Fatou Binetou Fall déplore ainsi une situation où « les fonds sont disponibles », mais où l’absence d’assiette foncière empêcherait le démarrage effectif du chantier.
Pour l’association, ce blocage administratif ne peut plus être considéré comme une simple difficulté locale. Il touche directement à l’accès aux soins de populations vivant dans des zones particulièrement vulnérables en raison de leur isolement géographique.
La question de la mortalité maternelle
Le Sénégal reste confronté à des défis importants en matière de santé maternelle. Dans les zones insulaires, les difficultés d’accès aux soins et les délais d’évacuation peuvent aggraver les risques liés à la grossesse et à l’accouchement.
Pour les populations de Djirnda, le problème ne se limite donc pas à l’absence d’un bâtiment sanitaire. Il concerne également la disponibilité des moyens d’évacuation, le coût du transport et la capacité à prendre en charge rapidement les urgences.
Dans ces conditions, l’association estime que la construction du centre de santé constituerait une réponse concrète à une situation devenue préoccupante.
Un appel à l’arbitrage du chef de l’État
En s’adressant directement au président Bassirou Diomaye Faye, Fatou Binetou Fall demande un arbitrage permettant de débloquer le dossier et de relancer le projet.
Au-delà de la reprise des travaux, elle plaide pour une meilleure prise en compte des territoires insulaires dans les politiques publiques de santé.
« La résolution du cas de Djirnda est un test décisif pour la souveraineté sanitaire du Sénégal », insiste-t-elle.
Pour l’association Niominka Sénégalo-Turballais, l’enjeu est désormais de transformer les engagements en actes et de garantir aux populations du Saloum le même droit à la santé que celles vivant dans les zones urbaines et facilement accessibles.
Dans les îles de Djirnda, où chaque évacuation peut devenir une course contre la montre, la demande est simple : que le blocage administratif prenne fin et que le projet sanitaire voie enfin le jour.



En savoir plus sur LE DAKAROIS
Subscribe to get the latest posts sent to your email.