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Éducation : le projet ELAN veut renforcer la place des langues nationales dans les écoles africaines

Le Comité de coordination internationale (CCI) du projet « École et langues nationales » (ELAN) s’est réuni ce vendredi à Dakar pour dresser le bilan de la troisième phase du programme, couvrant la période 2023-2026, et définir les grandes orientations de la prochaine étape de cette initiative portée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Au cœur des échanges, une conviction largement partagée : l’intégration des langues nationales dans les systèmes éducatifs africains constitue un levier essentiel pour améliorer la qualité des apprentissages, renforcer l’inclusion scolaire et promouvoir la souveraineté culturelle des États.

Organisée par l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), cette rencontre a réuni les représentants des dix pays partenaires du programme, des experts en éducation ainsi que l’Agence française de développement (AFD). Les participants ont évalué les résultats obtenus après plusieurs années de mise en œuvre et réfléchi aux perspectives d’un projet qui vise à associer les langues nationales africaines au français dès les premières années de scolarisation.

Les résultats présentés témoignent de l’ampleur prise par le programme. Depuis son lancement, ELAN a permis la formation de près de 230 000 enseignants. Plus de 11,5 millions d’élèves bénéficient aujourd’hui de cette approche pédagogique, grâce à plus de 500 outils éducatifs développés et adaptés dans 46 langues africaines.

Pour la directrice de l’IFEF, Mona Laroussi, ces chiffres illustrent la solidité d’un programme qui s’est progressivement imposé comme une référence dans le domaine de l’éducation bilingue en Afrique. Selon elle, ELAN ne constitue pas une expérience ponctuelle, mais un projet construit sur près de dix-sept années de travail, ayant permis de produire des politiques linguistiques, des ressources pédagogiques, des outils et de nombreuses bonnes pratiques.

Elle a insisté sur le fait que la longévité du programme traduit son appropriation par les États partenaires. À ses yeux, si ELAN continue d’exister après autant d’années, c’est avant tout parce qu’il répond à un besoin réel exprimé par les pays eux-mêmes, qui en assurent désormais le portage et l’évolution.

Mona Laroussi a également mis en avant les effets positifs de l’enseignement dans les langues maternelles sur le développement des élèves. Selon elle, lorsqu’un enfant est accueilli dans une langue qu’il maîtrise, son rapport à l’école change profondément. Il gagne en confiance, participe davantage aux activités de classe et développe plus facilement sa capacité à exprimer ses idées et à argumenter.

Au-delà des questions éducatives, la directrice de l’IFEF a abordé le défi de l’intelligence artificielle. Elle a plaidé pour que l’Afrique ne se limite pas au rôle de simple utilisatrice des technologies développées ailleurs, mais devienne un acteur de leur conception. Elle estime que les intelligences artificielles de demain doivent être nourries par les langues africaines, les cultures locales et les réalités du continent afin de produire des outils réellement adaptés aux besoins des populations.

Le ministre sénégalais de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a partagé cette vision en soulignant que les langues maternelles représentent un levier stratégique pour transformer durablement les systèmes éducatifs africains. Il considère qu’elles favorisent non seulement de meilleures performances scolaires, mais également une plus grande inclusion des enfants dans le processus d’apprentissage.

Selon le ministre, la valorisation des langues nationales s’inscrit également dans une logique de souveraineté éducative, culturelle et cognitive. Il estime que les pays africains doivent construire leurs politiques éducatives en s’appuyant davantage sur leurs réalités linguistiques afin de reconnecter l’école avec les sociétés qu’elle est censée servir.

Moustapha Mamba Guirassy a également porté un regard critique sur les résultats obtenus depuis les indépendances. Il a reconnu que de nombreux investissements ont été réalisés avec la construction d’écoles et d’universités, mais il estime que ces efforts n’ont pas encore produit les transformations sociales et économiques attendues par les populations. Pour lui, une meilleure prise en compte des langues locales pourrait contribuer à rendre les systèmes éducatifs plus performants et plus adaptés aux besoins des élèves.

Présente à cette rencontre, la ministre d’État gabonaise chargée de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, a rappelé que les langues nationales représentent un patrimoine culturel qu’il est indispensable de préserver. Elle s’est réjouie de voir la Francophonie soutenir activement leur promotion, estimant que cette démarche contribue à la protection de l’identité culturelle des peuples africains.

Elle a cité les propos de Nelson Mandela selon lesquels parler à une personne dans une langue qu’elle comprend permet de toucher son esprit, tandis que s’adresser à elle dans sa langue maternelle permet d’atteindre son cœur. Une citation qui, selon elle, résume parfaitement l’importance des langues nationales dans les politiques éducatives.

La responsable gabonaise a également alerté sur le risque de disparition de certaines langues africaines, parfois parlées par des communautés de plus en plus restreintes. Elle a expliqué que son pays mène déjà plusieurs initiatives en faveur de leur valorisation, notamment à travers un festival culturel scolaire et une semaine consacrée aux langues maternelles.

Camélia Ntoutoume-Leclercq a enfin appelé les partenaires techniques et financiers à renforcer leur accompagnement, notamment en favorisant la complémentarité entre les programmes IFADEM et ELAN. Elle a insisté sur la nécessité d’intervenir dès la petite enfance, période qu’elle considère comme déterminante pour l’acquisition de la langue maternelle et le développement des apprentissages futurs.


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