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Guinée-Bissau : Embaló se réfugie à Brazzaville tandis que l’opposition dénonce l’occupation de son siège par des miliciens

Le président bissau-guinéen renversé, Umaro Sissoco Embaló, est arrivé samedi à Brazzaville, au Congo, quelques jours seulement après le coup d’État mené par une junte militaire à Bissau. Au moment même où l’ancien chef de l’État trouvait un nouveau point de chute, le principal parti d’opposition, le PAIGC, dénonçait l’“envahissement” de son siège par des groupes “fortement armés” dans la capitale bissau-guinéenne.

Le renversement d’Embaló a été annoncé mercredi par des militaires qui affirmaient vouloir suspendre les élections présidentielle et législatives prévues le 23 novembre, dont les résultats n’avaient pas encore été publiés. Ils ont justifié leur intervention par la nécessité de “garantir la sécurité nationale” et de “rétablir l’ordre”. Selon eux, les services de renseignement auraient découvert un “plan de déstabilisation” impliquant des personnalités locales liées au trafic de drogue, un fléau historique en Guinée-Bissau.

Arrêté brièvement le jour du putsch, Embaló avait quitté le pays dès le lendemain à bord d’un vol affrété par les autorités sénégalaises, direction Dakar. Samedi, une source proche de la présidence congolaise a confirmé à l’AFP que l’ex-président avait bien atterri à Brazzaville, où il devrait désormais “rester”. Âgé de 53 ans, Embaló entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec Denis Sassou Nguesso et s’est rendu à plusieurs reprises au Congo dans le cadre de visites officielles. Une source proche du pouvoir congolais a indiqué qu’il avait rejoint Brazzaville à bord d’un jet privé affrété par les autorités locales.

Dans le même temps, la tension continue de monter à Bissau. Le PAIGC, puissant parti d’opposition et formation historique ayant conduit le pays à l’indépendance en 1974, a affirmé samedi que son siège avait été “illégalement occupé” par des miliciens armés. Son leader, Domingos Simões Pereira, figure majeure de la vie politique bissau-guinéenne et écarté de la présidentielle du 23 novembre, avait été arrêté mercredi. Son parti soutenait désormais Fernando Dias, devenu le principal rival d’Embaló lors du scrutin inachevé.

Fernando Dias, qui assure s’être largement imposé au premier tour, accuse le président déchu d’avoir lui-même orchestré le coup d’État pour empêcher l’annonce des résultats et ainsi bloquer l’alternance. Il affirme se cacher dans le pays, dans un lieu tenu secret, mais se dit “en sécurité”.

Sur le terrain, des échauffourées ont éclaté samedi entre des jeunes et les forces de l’ordre dans un quartier périphérique de la capitale, près du siège de campagne de Fernando Dias. Selon des journalistes de l’AFP présents sur place, ces incidents, bien que limités, témoignent d’une atmosphère lourde et d’un climat politique explosif.

La communauté internationale, quant à elle, a rapidement réagi. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé une “violation des principes démocratiques”. La Cedeao a suspendu la Guinée-Bissau de toutes ses instances décisionnelles, une sanction également adoptée par l’Union africaine. L’Union européenne a exigé un “retour à l’ordre constitutionnel” et la reprise rapide du processus électoral.

Depuis son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a été le théâtre de quatre coups d’État et de nombreuses tentatives de renversement. Le pays, l’un des plus pauvres d’Afrique de l’Ouest, est aussi réputé pour être une plateforme du trafic de stupéfiants entre l’Amérique latine et l’Europe, un contexte qui alimente régulièrement crises politiques, ingérences et instabilité.

Le sort de la transition politique annoncée par les putschistes, confiée au général Horta N’Tam pour une durée d’un an, reste désormais au cœur des préoccupations nationales comme internationales. Tandis qu’Embaló se réfugie à Brazzaville et que l’opposition réclame la reprise du processus électoral, l’avenir immédiat de la Guinée-Bissau demeure profondément incertain.


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