La scène politique bissau-guinéenne connaît un nouveau rebondissement. Le président Umaro Sissoco Embalo a procédé, ce jeudi 7 août 2025, à la révocation du Premier ministre Rui Duarte Barros, par décret présidentiel. Dans la foulée, il a nommé Braima Camara, un proche du pouvoir et membre influent de son parti, le Mouvement pour l’alternance démocratique (Madem G15), à la tête du gouvernement.
Aucune explication officielle n’a été fournie quant aux raisons de ce limogeage. Toutefois, cette décision intervient dans un climat politique particulièrement tendu, à seulement quatre mois de l’élection présidentielle prévue pour le 23 novembre prochain. De nombreux observateurs y voient une manœuvre politique visant à consolider le contrôle du président sur l’exécutif à l’approche du scrutin.
Rui Duarte Barros, figure du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), principal parti d’opposition, avait été nommé en décembre 2023 dans un contexte de recomposition politique post-crise. Son éviction est perçue comme un coup dur pour l’opposition, déjà critique à l’égard de la gouvernance d’Embalo et de ce qu’elle qualifie de dérives autoritaires.
Depuis son indépendance du Portugal en 1973, la Guinée-Bissau est régulièrement secouée par des coups d’État, des luttes de pouvoir, et une instabilité institutionnelle chronique. Malgré un espoir de normalisation après la présidentielle de 2014, les turbulences politiques ont perduré. L’accession au pouvoir d’Embalo en 2019, à l’issue d’une élection controversée, n’a pas mis fin aux tensions. En décembre 2023, le pays avait déjà connu une tentative de coup de force qui avait aggravé les divisions au sein des institutions.
La nomination de Braima Camara, considéré comme un fidèle du président, pourrait accroître les crispations politiques. L’opposition, tout comme la société civile, redoute une concentration des pouvoirs au sommet de l’État à l’approche d’un scrutin décisif.