Société
Kaolack : le SUDES alerte sur les failles persistantes de l’école sénégalaise à l’occasion de son cinquantenaire
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par
Diack
Le Syndicat unitaire et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) a célébré à Kaolack ses cinquante années d’existence à travers une série d’activités marquées par des visites d’établissements scolaires, des rencontres avec les enseignants ainsi que des hommages rendus aux figures historiques du mouvement syndical éducatif. Cette célébration a surtout servi de tribune au secrétaire général national du SUDES, Ibrahima Guèye, pour dresser un constat préoccupant de la situation actuelle de l’école sénégalaise et rappeler les défis majeurs auxquels le système éducatif reste confronté.
Devant une assemblée composée d’enseignants, de militants syndicaux et d’anciens responsables du syndicat, Ibrahima Guèye a rappelé que le SUDES, fondé le 20 avril 1976, atteint aujourd’hui un demi-siècle d’engagement dans la défense des intérêts matériels et moraux des enseignants ainsi que dans la lutte pour une école publique de qualité.
Selon lui, cette commémoration dépasse le simple cadre festif et constitue avant tout un moment de réflexion sur l’avenir de l’éducation au Sénégal. Durant plusieurs jours, les responsables du syndicat ont effectué des tournées dans différents établissements scolaires afin de recueillir les préoccupations des enseignants et d’évaluer les réalités du terrain.
Ces échanges interviennent dans un contexte encore marqué par des tensions dans le secteur éducatif, notamment après les mouvements de grève enregistrés ces derniers mois et la signature d’un protocole d’accord diversement apprécié au sein des syndicats d’enseignants.
Le secrétaire général du SUDES a indiqué que ces rencontres étaient nécessaires pour permettre aux enseignants d’exprimer leurs attentes vis-à-vis de leur organisation syndicale, mais également pour faire remonter les difficultés persistantes auxquelles ils font face au quotidien.
La cérémonie a également été marquée par de nombreux témoignages retraçant l’histoire du syndicat et l’engagement de ses anciens militants. Plusieurs intervenants ont salué le sacrifice et la détermination de générations d’enseignants qui ont porté les combats du SUDES depuis sa création.
Parmi les témoignages les plus marquants figure celui consacré à Fatoumata Lamarana Sarr, présentée comme une militante particulièrement engagée, qui aurait quitté ses nouveau-nés pour prendre part à un congrès du syndicat. Un geste cité comme symbole de l’engagement militant ayant marqué l’histoire du SUDES.
D’autres récits ont rappelé le rôle joué par des enseignants dans les zones affectées par le conflit en Casamance. Maurice Warore a notamment évoqué les initiatives menées par certains éducateurs qui allaient à la rencontre des groupes rebelles afin de promouvoir l’éducation et la paix. Selon lui, certains anciens combattants ont même été formés pour devenir enseignants et occupent aujourd’hui des fonctions dans l’administration publique.
Pour les responsables syndicaux, ces différents témoignages illustrent le rôle historique du SUDES dans la société sénégalaise, bien au-delà des seules revendications corporatistes.
Abordant la situation actuelle de l’école sénégalaise, Ibrahima Guèye a dénoncé plusieurs insuffisances structurelles qui, selon lui, freinent les performances du système éducatif. Il a notamment pointé du doigt le manque de cohérence entre les programmes scolaires, les infrastructures disponibles et les ressources humaines déployées dans les établissements.
Le responsable syndical a également insisté sur les difficultés liées à la motivation des enseignants. Selon lui, les retards dans les avancements, les lenteurs administratives et les conditions salariales contribuent fortement à la démotivation du personnel éducatif.
Il a estimé qu’aucune réforme sérieuse ne pourra produire des résultats durables sans une amélioration significative des conditions de vie et de travail des enseignants.
Le secrétaire général du SUDES a par ailleurs regretté la persistance des abris provisoires dans plusieurs écoles du pays, malgré les engagements pris depuis des années par les autorités. Pour lui, cette situation traduit les insuffisances chroniques du système éducatif sénégalais.
Ibrahima Guèye a aussi interpellé l’État sur la nécessité de respecter les accords signés avec les syndicats d’enseignants. Il a rappelé que certaines revendications encore en discussion aujourd’hui remontent à plus de vingt ans, notamment à des engagements pris depuis 2003.
Selon lui, cette accumulation de promesses non tenues contribue à fragiliser davantage le climat scolaire et alimente le malaise dans le secteur de l’éducation.
Le responsable syndical s’est enfin prononcé sur les défis liés à l’intelligence artificielle dans le domaine éducatif. Tout en reconnaissant l’importance croissante de ces technologies dans le monde moderne, il a affirmé qu’elles ne sauraient remplacer l’enseignant dans le processus d’apprentissage.
Il a toutefois plaidé pour une meilleure formation des enseignants aux outils numériques et aux technologies de l’intelligence artificielle afin qu’ils puissent les utiliser comme des leviers d’amélioration des enseignements et des apprentissages.
À travers cette célébration du cinquantenaire, le SUDES entend ainsi réaffirmer son engagement historique pour une école sénégalaise plus performante, plus équitable et davantage adaptée aux réalités contemporaines.




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