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Kaolack : quand le réseau d’assainissement devient source de débordements pendant l’hivernage

Contribution de Mamadou Moustapha Ndiaye, ingénieur génie rural / consultant

Conçu pour améliorer durablement les conditions sanitaires et environnementales des populations, le réseau d’assainissement collectif de Kaolack est aujourd’hui confronté à un paradoxe préoccupant. Dans plusieurs quartiers, notamment à Kasnack, Médina Baye et Bongré, les périodes de fortes pluies s’accompagnent régulièrement de remontées d’eaux usées, de débordements de regards et de stagnations d’effluents sur la voie publique.

Comment expliquer qu’une infrastructure destinée à lutter contre l’insalubrité puisse, en période d’hivernage, devenir elle-même une source de nuisances et de risques sanitaires ?

La question mérite d’être posée avec d’autant plus d’attention que d’importants investissements ont été consentis ces dernières années pour développer l’assainissement collectif à Kaolack.

À partir de 2019, l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS), avec l’appui de partenaires techniques et financiers, a engagé des travaux d’extension du réseau et de réalisation de branchements sociaux. L’objectif était clair : améliorer l’accès des ménages à l’assainissement collectif et contribuer à l’amélioration du cadre de vie.

Mais plusieurs années après la réalisation de ces infrastructures, des dysfonctionnements persistent dans certains secteurs de la ville, particulièrement durant l’hivernage.

Un phénomène aux causes multiples

Les débordements constatés ne sauraient être imputés à une seule cause. Ils peuvent résulter de l’interaction de plusieurs facteurs : état des conduites, accumulation de déchets solides, intrusion d’eaux pluviales, branchements non conformes, insuffisance d’entretien ou encore éventuelles limites de capacité hydraulique.

L’introduction de déchets solides dans les réseaux constitue notamment un facteur de risque. Au fil du temps, les matières accumulées dans les conduites peuvent réduire leur section hydraulique et limiter leur capacité d’évacuation.

Lorsque surviennent les premières fortes pluies, cette capacité réduite peut favoriser la mise en charge du réseau et provoquer des remontées d’eaux usées au niveau des regards.

Cette hypothèse doit cependant être objectivée par des opérations d’inspection et de curage. Il ne saurait être question de désigner systématiquement les comportements des populations comme responsables sans procéder au préalable à un diagnostic technique permettant d’établir les causes précises des dysfonctionnements.

La question des eaux pluviales

L’une des autres hypothèses majeures concerne l’intrusion des eaux pluviales dans le réseau d’eaux usées.

Un réseau conçu principalement pour transporter les effluents domestiques n’est pas nécessairement dimensionné pour recevoir d’importants volumes d’eau de pluie. Des défauts d’étanchéité, des regards mal protégés, des branchements irréguliers ou des raccordements directs peuvent entraîner l’arrivée d’eaux parasites dans les conduites.

En période de fortes précipitations, ces apports supplémentaires peuvent rapidement augmenter les débits et provoquer une surcharge hydraulique.

Dans ce contexte, une question essentielle doit être posée : les débordements sont-ils liés à une insuffisance intrinsèque du réseau ou à une diminution de ses performances résultant de l’encrassement et de l’arrivée d’eaux parasites ?

Seule une véritable étude hydraulique permettra de répondre avec précision.

L’entretien préventif, un enjeu majeur

La performance d’un réseau d’assainissement ne dépend pas uniquement de sa conception initiale. Elle repose également sur la qualité de son exploitation et de sa maintenance.

Or, les difficultés liées à la disponibilité des moyens matériels nécessaires au curage et à l’entretien des conduites peuvent limiter les interventions préventives.

Une telle situation peut favoriser une gestion essentiellement corrective : on intervient lorsque le débordement est déjà constaté, plutôt que d’identifier et de traiter les points critiques avant l’arrivée des fortes pluies.

Cette logique mérite d’être inversée.

À l’approche de chaque hivernage, les secteurs ayant enregistré des incidents récurrents devraient faire l’objet d’un programme prioritaire d’inspection et de curage.

Passer d’une logique corrective à une gestion préventive

Face à cette situation, la priorité devrait être donnée à un diagnostic approfondi des quartiers concernés.

Il serait notamment nécessaire de cartographier les points de débordement, inspecter les regards et les conduites, identifier les zones présentant des dépôts ou des obstructions, contrôler les branchements et rechercher les éventuelles entrées d’eaux pluviales.

La vérification des pentes, des diamètres des conduites, des niveaux des regards et du fonctionnement des ouvrages situés en aval permettrait également de mieux comprendre les phénomènes de mise en charge.

Un système de suivi des incidents pourrait par ailleurs être mis en place. Chaque débordement pourrait être géolocalisé et documenté : fréquence, durée de stagnation, niveau atteint, opérations de curage effectuées et causes identifiées.

À terme, cette base de données permettrait de disposer d’une véritable cartographie des zones à risque hydraulique et sanitaire de Kaolack.

Responsabiliser les usagers

La responsabilité du bon fonctionnement du réseau ne relève toutefois pas du seul exploitant.

Les usagers ont également un rôle important à jouer. Les réseaux d’eaux usées ne sont pas destinés à recevoir les déchets solides, les huiles, les matériaux ou autres produits susceptibles d’obstruer les conduites.

Les campagnes de sensibilisation doivent donc être renforcées, mais elles gagneraient à être accompagnées d’un contrôle effectif des branchements et des usages du réseau.

La lutte contre les branchements non conformes et les rejets inappropriés doit s’inscrire dans une démarche concertée entre les populations, les collectivités territoriales et les services chargés de l’assainissement.

Un diagnostic avant toute conclusion

L’hypothèse d’un éventuel sous-dimensionnement du réseau ne doit pas être écartée. Mais elle ne saurait être retenue sans une vérification hydraulique sérieuse.

Il conviendrait notamment de comparer les débits théoriques de dimensionnement aux débits réellement observés pendant les épisodes pluvieux et d’analyser les conditions de fonctionnement des différents tronçons du réseau.

Cette démarche permettrait de déterminer si les débordements sont principalement dus à une insuffisance de capacité ou à une dégradation des performances hydrauliques liée à l’encrassement et aux apports d’eaux parasites.

Un enjeu de santé publique

Au-delà de la question technique, les débordements d’eaux usées constituent un véritable problème de santé publique et de protection de l’environnement.

La stagnation prolongée des effluents sur les voies publiques dégrade le cadre de vie, génère des nuisances olfactives et expose les populations à des eaux potentiellement contaminées. Elle peut également favoriser la prolifération de certains vecteurs et contribuer à la dégradation des sols et des milieux récepteurs.

La réponse ne peut donc pas se limiter à des interventions ponctuelles lorsque les débordements sont déjà visibles.

Pour une nouvelle culture de l’assainissement

Le défi qui se pose aujourd’hui à Kaolack est moins celui de la construction de nouvelles infrastructures que celui de la pérennisation et de la performance des ouvrages déjà réalisés.

Il devient nécessaire de passer d’une logique essentiellement corrective à une véritable gestion préventive et patrimoniale du réseau.

Cela suppose un diagnostic hydraulique régulier, un programme de curage avant l’hivernage, une surveillance des points critiques, un contrôle des branchements, une lutte contre les eaux parasites, un renforcement des moyens matériels et une sensibilisation continue des usagers.

L’assainissement est un investissement de long terme. Pour qu’il remplisse pleinement sa mission, il ne suffit pas de construire des réseaux : il faut aussi les entretenir, les surveiller et anticiper leurs éventuelles défaillances.

À Kaolack, l’enjeu est donc désormais de faire en sorte que le réseau d’assainissement demeure ce pour quoi il a été conçu : un outil de protection de la santé publique et d’amélioration du cadre de vie, et non une nouvelle source d’insalubrité pendant l’hivernage.


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