Economie
FMI-Sénégal : un accord technique à 1 243 milliards FCFA, mais une dette encore sous haute surveillance
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par
Diack
Après près de deux années de tensions et d’incertitudes liées à la découverte d’une dette publique largement sous-déclarée, le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ont franchi une étape importante vers la conclusion d’un nouveau programme économique et financier de trois ans. Dans un entretien accordé à L’Observateur, Majdi Debbich, représentant résident du FMI au Sénégal, revient en détail sur les contours de cet accord, les exigences de l’institution financière internationale, la situation de la dette publique et le délicat dossier des subventions à l’énergie.
Le Sénégal semble ainsi avoir renoué avec le FMI après une longue période de discussions marquée par la controverse autour de la situation réelle des finances publiques. Dans son édition de ce mercredi 2 septembre 2026, L’Observateur rapporte que les services du FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord au niveau des services sur les principales politiques économiques susceptibles de soutenir un nouveau programme de réformes.
Le futur programme, prévu sur une durée de trois ans, pourrait mobiliser environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 243 milliards de FCFA. Une enveloppe qui représente une bouffée d’oxygène potentielle pour les finances publiques sénégalaises, confrontées à d’importantes contraintes de trésorerie et à un niveau d’endettement particulièrement élevé.
Mais Majdi Debbich tient à rappeler que l’accord conclu entre les services du FMI et les autorités sénégalaises ne constitue pas encore une validation définitive. Le dossier doit désormais être soumis au Conseil d’administration du Fonds, qui devra se prononcer sur le programme et ses modalités. Ce n’est qu’après cette étape que les premiers décaissements pourront intervenir.
L’accord technique constitue néanmoins un tournant majeur. Depuis la révélation des importantes anomalies dans la comptabilisation de la dette publique, le Sénégal était engagé dans un long processus visant à établir une photographie plus fidèle de ses finances publiques. Cette période avait profondément compliqué les relations entre Dakar et le FMI et retardé la mise en place d’un nouveau programme financier.
Au centre des négociations figure toujours la question du « misreporting », c’est-à-dire la communication de données financières qui ne reflétaient pas correctement la situation réelle des finances publiques.
Pour permettre de faire la lumière sur cette situation, plusieurs travaux ont été réalisés au Sénégal. L’Inspection générale des finances, la Cour des comptes ainsi que le cabinet d’audit Mazars ont notamment participé aux différentes opérations d’examen et de vérification des données financières.
Pour le FMI, l’objectif n’est toutefois pas uniquement de déterminer l’ampleur des irrégularités passées. L’institution souhaite également que le Sénégal mette en place des mécanismes suffisamment solides pour empêcher qu’une situation similaire puisse se reproduire.
La fiabilité des statistiques budgétaires et financières constitue en effet un élément essentiel dans la relation entre un État et ses partenaires financiers. Pour le Fonds, la transparence dans la production et la transmission des données publiques doit désormais être renforcée.
Cette exigence devrait donc accompagner le nouveau programme, au même titre que les réformes destinées à restaurer progressivement les équilibres macroéconomiques.
L’autre grande préoccupation du FMI concerne la soutenabilité de la dette sénégalaise. Selon les chiffres évoqués par Majdi Debbich, la dette publique aurait atteint environ 132 % du PIB à la fin de l’année 2024, avant de se situer autour de 125 % du PIB à fin 2025.
Ces niveaux placent les finances publiques sénégalaises sous une forte pression. Le problème ne réside pas uniquement dans le montant total de la dette, mais également dans le coût de son service.
Une part importante des recettes de l’État est désormais absorbée par le paiement des intérêts. Selon les éléments rapportés par L’Observateur, près d’un quart des recettes fiscales serait consacré au règlement des intérêts de la dette. Une situation qui réduit mécaniquement les ressources pouvant être consacrées aux investissements, aux infrastructures et aux politiques sociales.
Dans ce contexte, le FMI considère que la viabilité de la dette constitue une condition fondamentale à la mise en œuvre du nouveau programme. L’institution travaille notamment avec la Banque mondiale dans le cadre de l’analyse de viabilité de la dette afin d’évaluer le niveau de risque auquel le Sénégal est exposé.
L’objectif est de déterminer une trajectoire permettant de ramener progressivement les finances publiques vers une situation plus soutenable, tout en évitant que l’ajustement budgétaire ne compromette les dépenses prioritaires.
Pour accompagner cette démarche, les autorités sénégalaises ont annoncé un plan destiné à traiter la dette et à rétablir sa viabilité à moyen terme.
Le nouveau programme du FMI devrait ainsi reposer sur un redressement progressif des finances publiques. Cela implique notamment une meilleure maîtrise des dépenses, une amélioration de la mobilisation des recettes et une trajectoire budgétaire compatible avec la capacité réelle de remboursement de l’État.
Le défi sera particulièrement important pour le gouvernement, qui devra concilier les impératifs de consolidation budgétaire avec la nécessité de financer les politiques publiques et les investissements indispensables au développement économique.
Autre dossier particulièrement sensible dans les discussions entre Dakar et le FMI : les subventions à l’énergie.
Le Fonds ne réclame pas nécessairement leur disparition brutale. La principale critique porte plutôt sur leur mode de fonctionnement et leur ciblage. Selon Majdi Debbich, le système actuel bénéficie à l’ensemble des consommateurs, y compris à des ménages qui disposent de revenus relativement élevés et dont la consommation énergétique est importante.
Autrement dit, une partie significative des ressources publiques consacrées aux subventions bénéficie également à des catégories de consommateurs qui ne constituent pas les principales cibles d’une politique sociale.
Cette situation représente un coût considérable pour le budget de l’État. Les dépenses consacrées aux subventions énergétiques pourraient dépasser 800 milliards de FCFA en 2026, alors qu’un peu plus de 300 milliards de FCFA avaient initialement été prévus dans la loi de finances.
L’écart est donc considérable et vient accentuer les tensions sur les finances publiques. La conjoncture internationale, notamment les conséquences de la crise au Moyen-Orient, a contribué à aggraver cette pression.
Pour le FMI, l’enjeu consiste désormais à rendre le système plus efficace, en privilégiant davantage les ménages les plus vulnérables plutôt qu’une subvention généralisée profitant indistinctement à tous les consommateurs.
Les quelque 2,2 milliards de dollars prévus dans le cadre du nouveau programme ne seront pas versés en une seule fois.
Le mécanisme repose sur un calendrier de décaissements progressifs. Après l’approbation du programme par le Conseil d’administration du FMI, un premier financement pourra être débloqué. D’autres décaissements interviendront ensuite en fonction de l’avancement des réformes et du respect des engagements pris par les autorités sénégalaises.
Des revues devraient ainsi être organisées tous les six mois. Elles permettront au Fonds d’évaluer la mise en œuvre du programme, l’évolution des finances publiques, la trajectoire de la dette ainsi que les progrès réalisés dans les différentes réformes.
Chaque revue pourra ouvrir la voie à un nouveau décaissement, faisant du suivi du programme un élément déterminant pour l’accès effectif aux financements annoncés.
Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse donc largement l’obtention des 1 243 milliards de FCFA annoncés. Il s’agit désormais de restaurer durablement la confiance des partenaires financiers, de rétablir la soutenabilité de la dette et de reconstruire un cadre budgétaire plus transparent et plus crédible.
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