Il se faisait appeler Pape Ibrahima Dia, mais dans les commissariats de Dakar, on le surnommait déjà “le Lupin du Point E”. À 53 ans, cet homme à l’allure irréprochable, toujours bien mis, se présentait comme un simple agent commercial. En réalité, il était au centre d’une série de vols audacieux qui ont tenu en haleine plusieurs services de police et de gendarmerie. Son parcours criminel, marqué par une organisation méticuleuse et une audace rare, s’est brutalement interrompu le 22 octobre 2025, lors d’une opération menée dans une société informatique installée sur le campus universitaire.
Pendant des mois, son nom circulait sur les mains courantes de plusieurs commissariats. Les sociétés Karpowership Sénégal, Sablux Immo, Cofina et Sonatel du Point E avaient toutes signalé des vols mystérieux, commis en plein jour, sans effraction apparente. Les représentants des entreprises concernées – Aminata Gaye Tall, Mactar Touré, Hortense Ndèye Bineta Diatta et Amadou Damaravi Kane – décrivaient tous le même profil : un homme calme, sûr de lui, se présentant comme technicien ou agent de maintenance.
Le mode opératoire de Pape Ibrahima Dia relevait d’une véritable signature criminelle. Toujours à la même heure, entre 13h et 14h, au moment où les employés s’absentaient pour déjeuner ou participaient à des réunions, il se glissait dans les locaux. D’un pas assuré, il traversait les couloirs, inspectait les bureaux et repartait avec ordinateurs, téléphones et autres équipements électroniques. Sur les vidéos de surveillance, les enquêteurs découvriront un homme bien habillé, souvent muni d’une sacoche, évoluant avec une décontraction déconcertante. Aucun agent ne le connaissait, mais tous témoignaient de son sang-froid et de son élégance.
Face à la multiplication des plaintes, le commissaire Sow et ses hommes du commissariat du Point E décident de centraliser les informations. En recoupant les dossiers, ils réalisent que le même individu est activement recherché par plusieurs brigades de la région de Dakar. Une photo du suspect est alors diffusée aux sociétés et aux services de sécurité, avec la consigne d’avertir immédiatement la police en cas d’apparition. Cette coordination entre les forces de l’ordre finira par payer.
Le 22 octobre, un appel anonyme signale la présence du suspect dans une société informatique de l’université. Informé de la situation, le gérant garde son sang-froid et laisse le prétendu technicien évoluer dans les locaux, tout en alertant discrètement la police. Quelques minutes plus tard, les limiers du commissariat du Point E font irruption dans le bâtiment et interpellent le suspect en flagrant délit, alors qu’il s’apprêtait à s’emparer de plusieurs ordinateurs. Il n’oppose aucune résistance.
La perquisition de son appartement à la Cité Mixta, un logement cossu où il vivait seul, révèle l’ampleur de son activité. Les enquêteurs y découvrent une impressionnante collection d’ordinateurs portables, de téléphones, de tablettes et d’appareils électroniques, soigneusement rangés et classés. Confronté aux preuves, Pape Ibrahima Dia passe rapidement aux aveux.
« Je ciblai les sociétés, je repérais les heures de pause et j’entrais en me faisant passer pour un technicien. J’agissais seul », a-t-il déclaré froidement lors de son interrogatoire, selon les informations rapportées par L’Observateur.
Ainsi s’achève la carrière d’un homme que certains surnommaient avec ironie l’Arsène Lupin dakarois. De son élégance calculée à sa méthode quasi professionnelle, tout semblait le destiner à échapper à la justice. Mais son assurance, devenue excès de confiance, aura finalement causé sa perte.