Ouakam, 17 juillet 2025 – C’est un pan entier de l’histoire franco-sénégalaise qui s’est refermé ce jeudi matin au camp militaire de Geille, niché sur les hauteurs de Ouakam. Après plus d’un siècle de présence continue, l’armée française a officiellement quitté le sol sénégalais, actant la restitution du dernier bastion militaire qu’elle occupait dans le pays. Une décision à haute portée symbolique, saluée comme un jalon majeur dans le processus d’émancipation stratégique du Sénégal et, plus largement, de l’Afrique de l’Ouest.
La cérémonie de transfert du camp, encadrée par des mesures de sécurité renforcées, s’est déroulée en présence de hauts gradés sénégalais et français, de diplomates, ainsi que d’une importante délégation médiatique mobilisée par les autorités locales. Le général Pascal Ianni, représentant l’état-major français, a prononcé un discours empreint de solennité, évoquant « un siècle de coopération, de mémoire partagée et de liens humains durables ». Il a cependant reconnu que ce départ s’inscrit dans une dynamique nouvelle : celle d’une Afrique décidée à affirmer sa pleine souveraineté.
Créé en 1920, le camp Geille fut d’abord un point d’appui de l’aéropostale, avant de devenir un maillon essentiel du dispositif militaire français en Afrique de l’Ouest. Après l’indépendance, il s’est mué en centre névralgique de la coopération militaire franco-sénégalaise. Sous différentes appellations – Forces Françaises du Cap-Vert, puis Éléments Français au Sénégal (EFS) à partir de 2011 – cette base était chargée de former et d’accompagner les forces armées sénégalaises, tout en servant de relai logistique régional pour les opérations françaises sur le continent.
Mais la mission s’est progressivement vidée de sa substance, rattrapée par une nouvelle donne géopolitique. Face à la montée d’un sentiment souverainiste alimenté par des décennies de frustrations postcoloniales, la présence militaire française est de plus en plus perçue comme un vestige d’un ordre ancien.
Après le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Centrafrique, le Sénégal devient ainsi le dernier pays d’Afrique de l’Ouest francophone à tourner la page d’une présence militaire française jugée trop intrusive. Le président Bassirou Diomaye Faye, bien que n’ayant pas directement orchestré ce départ, l’a inscrit dans une volonté plus large de refondation des relations internationales du Sénégal, en mettant l’accent sur le respect mutuel et la coopération d’égal à égal.
« Ce départ n’est pas une rupture, mais une redéfinition », a tenté de nuancer le général Ianni. Pourtant, derrière les formules diplomatiques, c’est bien un rééquilibrage profond des rapports de force qui s’opère. La France, longtemps puissance tutélaire, se retire sur la pointe des pieds, contrainte de s’adapter à un continent qui affirme désormais sa capacité à penser, organiser et défendre sa propre sécurité.
Avec cette restitution, le Sénégal récupère non seulement un espace physique mais aussi un levier symbolique de souveraineté. Le camp Geille devrait être réaffecté aux Forces armées sénégalaises, dans le cadre d’un plan national de renforcement de la défense. Ce tournant s’inscrit dans une dynamique panafricaine plus vaste qui ambitionne de bâtir une architecture de sécurité africaine indépendante, fondée sur la coopération sud-sud, l’intégration régionale et l’autonomisation des moyens militaires.