Inaugurée en grande pompe en 2023 par le président Macky Sall, la Maison de l’ONU à Diamniadio, vaste complexe de 14 hectares destiné à regrouper toutes les agences onusiennes au Sénégal, demeure toujours vide. Derrière cette inoccupation persistante se cache un différend majeur entre les Nations unies et le nouvel exécutif sénégalais dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye.
Le projet avait pourtant tout d’une réussite. Implantée au cœur du pôle urbain de Diamniadio, à proximité du Centre international de conférence Abdou Diouf (CICAD) et de plusieurs ministères, la Maison de l’ONU a été conçue comme un hub stratégique pour les agences onusiennes, afin de centraliser leurs opérations jusque-là dispersées dans divers quartiers de Dakar. Envol Immobilier, société sénégalaise en charge de la construction, avait livré un édifice moderne, doté de près de 2 000 bureaux, personnalisé selon les besoins de chaque entité onusienne.
Le coût de l’ouvrage s’élève à 175 milliards de francs CFA, financé dans le cadre d’un accord de location-vente entre l’État du Sénégal et Envol Immobilier. Sur cette base, le gouvernement s’est engagé à rembourser la somme en versant un loyer mensuel pendant quinze ans.
Mais la donne a changé depuis l’alternance politique de mars 2024. Le nouveau régime de Bassirou Diomaye Faye a décidé de réexaminer les engagements pris par l’ex-président Macky Sall, notamment celui de mettre gratuitement à la disposition de l’ONU le bâtiment flambant neuf. Selon les informations rapportées par L’Observateur, le gouvernement actuel estime qu’il n’est pas tenable de supporter seul le coût de l’investissement sans aucune contrepartie financière.
Il a ainsi exigé que les Nations unies versent un loyer pour occuper les locaux de Diamniadio. Une demande à laquelle l’ONU refuse catégoriquement de se plier, la jugeant contraire aux principes de continuité de l’État et aux usages diplomatiques.
Face à l’impasse, les agences onusiennes seraient en train d’envisager des alternatives. Toujours selon L’Observateur, des calculs sont en cours pour une possible délocalisation vers Abidjan ou Addis-Abeba, deux villes qui abritent déjà des sièges régionaux de l’Organisation. Une telle issue serait un revers diplomatique pour le Sénégal, qui ambitionnait de faire de Diamniadio un centre de gravité sous-régional pour les institutions internationales.
Pour l’heure, des négociations discrètes sont en cours entre les deux parties afin de tenter de trouver un compromis. Plusieurs options sont à l’étude, notamment une contribution symbolique des Nations unies, ou un aménagement des modalités de remboursement par l’État sénégalais, dans l’optique d’éviter une rupture totale des discussions.
Le différend pose également un problème plus large : qui supportera à long terme les charges d’entretien et de sécurité d’un bâtiment vide de cette envergure ? Les experts pointent le risque de voir cette infrastructure stratégique se détériorer ou devenir un éléphant blanc si aucun accord n’est trouvé rapidement.