Plus de cinq ans après le meurtre de l’étudiant Ismaïla Gaoussou Dieme au campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), l’enquête connaît un nouveau rebondissement. Le principal suspect dans cette affaire a été interpellé à la frontière sénégalo-gambienne, mettant ainsi fin à une longue cavale. Selon des informations exclusives de Seneweb, l’arrestation a été menée par les éléments de la Police de l’air et des frontières, avant que le suspect ne soit remis aux enquêteurs de la Sûreté urbaine du commissariat central de Dakar.
Les faits remontent au 25 mars 2021. Ce jour-là, une violente altercation avait opposé, devant le Pavillon E du campus social de l’UCAD, des membres de deux mouvements étudiants, « Kékendo », composé notamment d’étudiants originaires de Casamance, et « Ndéfleng », un mouvement culturel sérère. La confrontation avait rapidement dégénéré en une véritable bataille rangée.
Au cours des affrontements, l’étudiant Ismaïla Gaoussou Dieme avait été grièvement blessé à l’arme blanche, notamment à l’aide d’une machette. Évacué à l’Hôpital Principal de Dakar pour recevoir des soins, il n’avait malheureusement pas survécu à ses blessures. Son décès avait suscité une vive émotion au sein de la communauté universitaire et relancé les inquiétudes sur les violences entre mouvements estudiantins au sein du campus.
Dans le cadre des investigations, la Sûreté urbaine de Dakar avait entendu le frère germain de la victime. Celui-ci avait fourni aux enquêteurs plusieurs informations recueillies au sein du campus, orientant les soupçons vers un certain A. Sarr, présenté comme membre du mouvement « Ndéfleng ». Il avait également expliqué avoir saisi le commissariat du Point-E d’une plainte, accompagnée de plusieurs documents permettant d’établir officiellement l’identité de la victime et les circonstances de son décès.
Le dossier comprenait notamment le certificat de genre de mort, le rapport médical, l’avis de décès ainsi que le certificat aux fins d’inhumation. Ces différentes pièces avaient permis aux enquêteurs de confirmer formellement l’identité d’Ismaïla Gaoussou Dieme.
Plusieurs témoins avaient ensuite été entendus dans le cadre de l’enquête. I. K. Sane, A. Ndiaye et A. Bassene avaient tous cité A. Sarr comme étant l’un des protagonistes de l’affrontement et l’auteur présumé des blessures mortelles infligées à l’étudiant.
Le témoignage d’A. Ndiaye s’était notamment révélé important pour les enquêteurs. Celui-ci avait déclaré avoir vu A. Sarr en possession d’un sabre au moment des affrontements et l’avoir aperçu porter des coups à la victime. D’autres personnes présentes sur les lieux au moment des faits étaient également susceptibles de confirmer ces déclarations.
Après les faits, A. Sarr, alors domicilié aux HLM Grand-Yoff, aurait quitté le Sénégal pour se réfugier en Gambie. Face à cette situation, le commissariat d’arrondissement du Point-E avait émis une opposition de sortie du territoire national à son encontre. Le dossier avait ensuite été transféré à la Sûreté urbaine du commissariat central de Dakar, qui avait poursuivi les investigations.
Durant plusieurs années, le principal suspect était ainsi resté hors de portée des enquêteurs. Après un long séjour en Gambie, il aurait finalement décidé de revenir au Sénégal, en prenant soin de contourner le dispositif de contrôle frontalier. Pensant vraisemblablement pouvoir échapper aux poursuites, l’homme, aujourd’hui âgé de 30 ans, a néanmoins été rattrapé par la procédure judiciaire.
Le 16 août dernier, alors qu’il tentait cette fois de regagner la Gambie en passant par le poste frontalier de Karang, il a été identifié puis interpellé par les éléments de la Police de l’air et des frontières. Il a immédiatement été transféré à Dakar et remis aux enquêteurs de la Sûreté urbaine, chargés de poursuivre les investigations sur cette affaire vieille de plus de cinq ans.
Lors de son interrogatoire sommaire, A. Sarr a reconnu avoir participé à la bataille rangée du 25 mars 2021. Il a toutefois catégoriquement nié avoir détenu la machette ou l’arme blanche qui aurait servi à blesser mortellement Ismaïla Gaoussou Dieme. Il a également expliqué avoir quitté le Sénégal après que son nom a été cité dans l’affaire, affirmant avoir pris la fuite lorsque les circonstances du drame avaient commencé à être largement connues.
Malgré ses dénégations, les enquêteurs ont poursuivi la procédure en s’appuyant notamment sur les éléments recueillis au cours de l’enquête initiale et sur les témoignages versés au dossier.
Au terme des investigations menées par la Sûreté urbaine, une procédure judiciaire a été ouverte contre A. Sarr. Le suspect a été présenté ce vendredi au procureur de la République près le tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Son audition par le parquet devrait permettre de déterminer les suites judiciaires à donner à cette affaire et de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de la mort d’Ismaïla Gaoussou Dieme.