Face à la troisième dégradation de la note souveraine en sept mois, l’économiste appelle à l’intelligence collective, à la stabilité institutionnelle et à un sursaut national pour restaurer la confiance des investisseurs.
Le Sénégal traverse une passe difficile sur le front financier. En l’espace de sept mois, le pays a essuyé trois dégradations successives de sa note souveraine par les agences de notation internationales. Un signal d’alarme que l’économiste Moubarack Lo, ancien conseiller spécial et économiste en chef de la Primature, prend très au sérieux. Dans un entretien accordé au journal L’Observateur, il dresse un diagnostic préoccupant, tout en appelant à un sursaut national pour éviter une crise plus profonde.
Pour Moubarack Lo, les agences de notation n’évaluent pas uniquement les performances économiques actuelles, mais s’appuient surtout sur « des anticipations ». « C’est l’incertitude sur la trajectoire du pays, et notamment sur sa stabilité institutionnelle, qui inquiète aujourd’hui les marchés », explique-t-il. Selon lui, les discours politiques, les orientations budgétaires et les signaux émis par les plus hautes autorités comptent autant que les chiffres.
Cette défiance se traduit par une baisse de la valeur des titres sénégalais sur les marchés financiers, une hausse du coût des emprunts et une frilosité croissante des investisseurs, notamment dans les secteurs productifs. « Les financements multilatéraux sont moins affectés, mais pour le secteur privé, c’est un vrai coup dur », prévient-il.
Ce qui inquiète particulièrement l’économiste, c’est le climat politique tendu entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Si cette cohabitation conflictuelle devait s’installer durablement, le Sénégal risquerait de subir ce qu’il appelle une « double peine » : d’un côté, les déséquilibres financiers hérités ; de l’autre, une instabilité institutionnelle pénalisante. « Le peuple ne mérite pas de payer le prix d’un blocage politique », insiste-t-il.
Moubarack Lo plaide pour un retour à l’apaisement, notamment par la libération des détenus d’opinion et la fin des invectives publiques. Il souligne que la stabilité politique est une condition essentielle pour attirer des investissements durables, au-delà des seuls secteurs extractifs (pétrole, gaz).
Face à la fragilité actuelle de l’attelage gouvernemental, l’économiste propose trois options :
Renforcer les pouvoirs du Premier ministre, pour lui permettre d’assurer une meilleure coordination de l’action gouvernementale. Redistribuer les rôles au sommet de l’État, en envisageant par exemple qu’Ousmane Sonko prenne la tête de l’Assemblée nationale. Maintenir le statu quo, mais à la condition impérative d’un pacte de confiance et de collaboration sincère entre le Président et son Premier ministre.
Dans tous les cas, avertit-il, « le Chef de l’État doit permettre à son Premier ministre de jouer pleinement son rôle de chef de gouvernement ».
Pour sortir de l’ornière, Moubarack Lo appelle à une mobilisation collective autour de trois priorités : le redressement des finances publiques, la publication de données budgétaires transparentes, et le rétablissement de la confiance des partenaires techniques et financiers.
Il juge qu’un nouveau partenariat avec le Fonds monétaire international (FMI) pourrait être un levier utile pour restaurer la crédibilité du pays. « La crise financière avance lentement, mais une crise institutionnelle peut tout précipiter », prévient-il.