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Société

PIB et emploi : une croissance portée par Dakar, des inégalités persistantes pour les jeunes ruraux

Le Sénégal confirme sa résilience économique après le choc provoqué par la pandémie de 2020. Selon les données publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, la croissance du produit intérieur brut (PIB), qui avait chuté à +1,3 % au plus fort de la crise sanitaire, a rebondi pour atteindre +4,3 % en 2023. Cette reprise est portée par la vitalité combinée des secteurs primaire, secondaire et tertiaire, traduisant un redémarrage progressif de l’activité nationale. La hausse du PIB par habitant indique par ailleurs que la création de richesse progresse désormais à un rythme supérieur à celui de la croissance démographique.

Cependant, cette dynamique macroéconomique masque d’importantes disparités territoriales. Dakar concentre à elle seule 46,2 % du PIB national. En additionnant les performances de Thiès, Diourbel, Saint-Louis et Kaolack, cet ensemble régional génère plus de 70 % de la richesse du pays. Les neuf autres régions doivent ainsi se partager moins de 30 % de la production économique nationale. Cette concentration s’explique par la polarisation historique des services, des activités financières et industrielles autour de l’axe Dakar-Thiès, qui constitue le cœur économique du pays.

Le secteur primaire, davantage réparti sur le territoire, repose principalement sur les contributions de régions comme Thiès, Kolda et Kaffrine. Néanmoins, la valeur ajoutée générée par l’agriculture et l’élevage demeure inférieure à celle des activités tertiaires et industrielles concentrées dans la capitale et sa périphérie. Cette configuration renforce les déséquilibres territoriaux et limite les opportunités économiques dans les zones rurales.

Sur le marché de l’emploi, les indicateurs montrent des avancées notables mais encore fragiles. Le taux de chômage élargi est passé de 26,2 % au premier trimestre 2022 à 21,5 % à la même période en 2023. Cette baisse témoigne d’une amélioration progressive du climat économique et d’une reprise des activités productives. Toutefois, cette embellie ne bénéficie pas uniformément à l’ensemble de la population. Le chômage demeure plus élevé en milieu rural et touche particulièrement les femmes, révélant des inégalités persistantes dans l’accès aux opportunités professionnelles.

La situation des jeunes constitue le défi le plus préoccupant. Près de la moitié des 15-35 ans, soit 49,8 %, se trouvent dans la catégorie des NEET, c’est-à-dire ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce taux atteint 59,2 % en zone rurale, illustrant une marginalisation accrue des jeunes vivant hors des grands centres urbains. Cette vulnérabilité compromet non seulement l’insertion socio-économique d’une génération entière, mais aussi la capacité du pays à tirer pleinement parti de son dividende démographique.

Au regard de l’Objectif de développement durable 8, consacré au travail décent et à la croissance économique, la performance nationale s’établit à 49,2 % en 2023 par rapport aux cibles fixées pour 2030. Ce score traduit des progrès réels, mais souligne également l’ampleur des efforts nécessaires pour promouvoir une croissance inclusive et équitable.

La consolidation de la dynamique économique devra ainsi s’accompagner de politiques publiques ciblées en faveur des jeunes et des territoires les plus vulnérables. Le renforcement de la formation professionnelle, le soutien à l’entrepreneuriat rural, la diversification économique régionale et l’amélioration des infrastructures apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire les fractures territoriales et sociales.


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