Une alerte grave sur la sécurité numérique des données de l’État a été lancée jeudi à Pikine. Le nouveau directeur général de l’Agence nationale de l’état-civil (Anec), Matar Ndao, a révélé la présence de nombreux logiciels non autorisés, potentiellement malveillants, installés sans aucun contrôle dans plusieurs centres d’état-civil. Cette découverte a été faite lors de sa première visite officielle dans les mairies du département de Pikine, en banlieue dakaroise.
Selon M. Ndao, ces programmes informatiques, d’origines diverses, échappent totalement à la supervision des autorités compétentes. « Ces logiciels sont de différents types, trop nombreux et on ignore qui les a installés, dans quel but et où les données collectées sont hébergées », a-t-il déclaré, visiblement préoccupé. Le directeur de l’Anec, n’ayant obtenu aucune explication claire de la part des agents locaux, a exprimé ses doutes quant à la finalité réelle de ces outils. Il craint qu’ils puissent être utilisés pour extraire ou transférer clandestinement des informations personnelles de citoyens sénégalais vers des serveurs extérieurs, exposant ainsi le pays à de graves risques en matière de souveraineté numérique et de cybersécurité.
Face à cette menace potentielle, le directeur général a insisté sur l’urgence de renforcer la protection des infrastructures numériques de l’État. Il a notamment recommandé l’installation et la mise en service rapide de Data centers nationaux afin d’assurer la conservation et la sécurité des données sensibles. « Nos données sont privées, l’État doit assurer leur sécurité », a-t-il martelé, rappelant qu’à ce jour, plus de 400 centres d’état-civil sont déjà connectés à des serveurs nationaux. Cette interconnexion, selon lui, constitue un socle solide pour bâtir un système fiable et résilient, à condition que les failles actuelles soient corrigées sans délai.
Matar Ndao a également profité de cette tournée pour aborder un autre problème persistant : la prolifération des faux documents administratifs. Ce phénomène, souvent facilité par des intermédiaires, démarcheurs ou courtiers, fragilise la crédibilité du système d’état-civil et alimente des réseaux de fraude à grande échelle. Pour y remédier, l’Anec a lancé le programme « Nekkal », aussi connu sous le nom d’« Ernec », un ambitieux projet de numérisation et de sécurisation des actes administratifs. Ce dispositif vise à authentifier les documents, limiter les falsifications et réduire l’intervention des tiers dans les procédures officielles.
Une attention particulière est portée aux enfants du primaire, nombreux à ne pas disposer de pièces d’état-civil. Le programme « Nekkal » entend corriger cette lacune afin de garantir à chaque enfant sénégalais une identité légale et numérique sécurisée. Toutefois, malgré les progrès observés dans les mairies visitées, des insuffisances persistent dans la tenue des registres et dans l’archivage des documents.
Pour le directeur général de l’Anec, la modernisation complète du système d’état-civil ne pourra être réussie que si la sécurité informatique devient une priorité nationale. Cette découverte à Pikine, qui soulève la question du contrôle des logiciels utilisés dans les administrations, pourrait marquer un tournant dans la politique de protection des données publiques au Sénégal.