La récente plainte déposée par El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, contre le journaliste Bachir Fofana a suscité une vive réaction dans le paysage politique et médiatique national. L’affaire, qui repose sur des accusations de « diffusion de fausses nouvelles et diffamation », a conduit le chroniqueur de la Sentv à être convoqué ce mercredi par la Division spéciale de cybersécurité (DSC). Une démarche qui ne laisse pas indifférent.
Parmi les premières voix à s’élever contre cette judiciarisation, celle d’Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center et figure de proue du combat pour les droits humains en Afrique de l’Ouest. Dans une déclaration postée sur le réseau social X (anciennement Twitter), l’ancien responsable de la Raddho et d’Amnesty International section Afrique de l’Ouest a exprimé de sérieuses réserves quant à la voie choisie par le président de l’Assemblée nationale.
« Dans le contexte actuel de transition politique au Sénégal, marqué par une dynamique démocratique renouvelée et une opinion publique plus exigeante, la judiciarisation du débat politique n’est pas souhaitable », a déclaré Alioune Tine. Il invite ainsi à plus de retenue et de responsabilité de la part des détenteurs du pouvoir, dans un environnement où la liberté de la presse et le débat public sont devenus plus ouverts et critiques.
Pour Alioune Tine, une réponse politique et institutionnelle aurait été plus adaptée. « Le président de l’Assemblée nationale aurait pu mobiliser ses conseillers juridiques pour faire un démenti, en donnant toutes les informations utiles susceptibles d’édifier l’opinion sur la transparence de sa gestion et, à la limite, accompagnée d’une mise en garde ferme. Ça suffit largement », a-t-il suggéré.
Cette affaire remet sur la table la question de la protection des journalistes face aux menaces judiciaires, dans un pays où la presse joue un rôle déterminant dans la régulation démocratique. Elle alimente aussi les débats autour de l’utilisation de la justice dans des conflits d’opinion, au moment où le Sénégal s’engage dans une nouvelle ère institutionnelle sous la gouvernance de Bassirou Diomaye Faye.
En toile de fond, les accusations de Bachir Fofana portaient sur un marché public de véhicules que l’Assemblée nationale aurait attribué à Cheikh Guèye, un acteur impliqué dans une autre affaire sensible. Un sujet brûlant qui aurait mérité, selon plusieurs observateurs, une réponse factuelle et transparente plutôt qu’un recours à la justice pénale.
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