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Port de Dakar : ralentissement du trafic, surfacturations et équipements vétustes, les transitaires tirent la sonnette d’alarme

Le Port autonome de Dakar, principal poumon économique du Sénégal et plateforme stratégique pour les échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest, traverse une période particulièrement délicate. Entre ralentissement du trafic maritime, hausse des coûts logistiques, dysfonctionnements administratifs et vétusté des équipements, les professionnels du secteur dénoncent une situation qui menace la compétitivité de l’économie nationale.

Selon Cheikh Saloum Kane, secrétaire général du Syndicat des transitaires du Sénégal (STS), plusieurs facteurs expliquent les difficultés actuelles observées au niveau de la principale infrastructure portuaire du pays. Les tensions géopolitiques internationales, notamment les conflits affectant la circulation maritime en mer Rouge, ont profondément perturbé les chaînes logistiques mondiales. Contraints d’éviter cette zone stratégique, de nombreux navires empruntent désormais la route du cap de Bonne-Espérance, rallongeant considérablement les délais de transport.

Cette situation a des conséquences directes sur les opérateurs économiques sénégalais. Plusieurs importateurs attendent encore des marchandises commandées avant la fête de la Tabaski, sans disposer d’informations précises sur leurs dates d’arrivée. Cette incertitude fragilise davantage leur trésorerie, déjà éprouvée par l’augmentation continue des coûts du transport maritime.

À cette conjoncture internationale difficile s’ajoute un ralentissement saisonnier de l’activité économique. Le mois de juin correspond traditionnellement à une période de baisse des échanges commerciaux, marquée par les vacances de nombreux opérateurs. Selon les professionnels du secteur, une reprise significative n’est pas attendue avant les préparatifs du Magal de Touba et du Gamou de Tivaouane, deux événements religieux majeurs qui génèrent habituellement une hausse importante des importations.

Cependant, au-delà des facteurs extérieurs, les acteurs du secteur pointent du doigt des dysfonctionnements internes qu’ils jugent particulièrement préoccupants. Le Syndicat des transitaires du Sénégal dénonce notamment le non-respect des arrêtés ministériels encadrant la facturation des conteneurs. Selon ses responsables, certaines compagnies maritimes appliquent des tarifs qui ne correspondent pas aux dispositions réglementaires en vigueur, sans qu’aucun mécanisme efficace de contrôle ou de recours ne soit mis à la disposition des opérateurs.

Le syndicat cite notamment le cas de la facturation pratiquée par Orbus Infinity, qu’il considère comme dépourvue de fondement légal. Les transitaires réclament l’application stricte des textes en vigueur, qui prévoient un paiement des frais basé sur les connaissements (BL), documents contractuels liant les chargeurs aux armateurs, plutôt qu’une facturation par conteneur.

Pour Cheikh Saloum Kane, cette situation pénalise lourdement les opérateurs locaux. Les frais supplémentaires supportés par les transitaires sont ensuite répercutés sur l’ensemble de la chaîne commerciale, depuis les grossistes jusqu’aux détaillants, avant d’être finalement intégrés aux prix payés par les consommateurs. Une réalité qui contribue à accentuer les difficultés liées au coût de la vie.

La modernisation des procédures portuaires constitue également un sujet de préoccupation. Malgré la mise en place du Guichet unique portuaire et la digitalisation annoncée des formalités administratives, les professionnels estiment que les résultats attendus tardent à se concrétiser. Les délais de traitement des dossiers demeurent particulièrement longs, entraînant des retards dans la livraison des marchandises.

Le STS plaide ainsi pour la création d’une caisse de paiement directement implantée dans les zones opérationnelles du port. Une telle mesure permettrait, selon ses responsables, de réduire considérablement les délais de traitement des dossiers, qui pourraient être finalisés en moins d’une demi-heure. En l’état actuel, les procédures administratives prolongées génèrent des frais de surestarie et d’immobilisation qui viennent alourdir davantage les charges des importateurs.

À ces difficultés administratives s’ajoutent les insuffisances liées aux infrastructures et aux équipements de manutention. Les professionnels décrivent un parc matériel vieillissant, marqué par des pannes fréquentes de grues, de portiques et d’engins de levage. Cette situation ralentit les opérations de chargement et de déchargement des navires tout en augmentant les risques de détérioration des marchandises.

Les routes internes du port sont également jugées inadaptées aux exigences d’une plateforme logistique moderne. Plusieurs acteurs évoquent aussi l’absence de délimitation claire du périmètre portuaire, une situation qui favorise les différends récurrents concernant la facturation du transport des conteneurs entre les installations portuaires et les entrepôts extérieurs.

Face à l’accumulation de ces difficultés, le Syndicat des transitaires du Sénégal appelle les autorités à prendre des mesures urgentes. Parmi les principales revendications figurent l’application stricte de la réglementation tarifaire, la mise en place de mécanismes indépendants d’arbitrage en cas de litige, l’amélioration de la solvabilité des opérateurs et le renouvellement des équipements de manutention.

Pour les professionnels, l’enjeu dépasse largement le cadre du secteur portuaire. Dans un pays où l’essentiel des importations transite par Dakar, toute perturbation du fonctionnement du port se répercute directement sur les chaînes d’approvisionnement, les prix à la consommation et la compétitivité globale de l’économie nationale.

Alors que le Sénégal affiche l’ambition de devenir un hub logistique de référence en Afrique de l’Ouest, les acteurs du secteur estiment que le Port autonome de Dakar doit impérativement accélérer sa transformation afin de répondre aux standards internationaux et aux attentes des opérateurs économiques.


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