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Produits dépigmentants et huiles artisanales : de vifs débats à l’Assemblée autour du budget du ministère du Commerce

L’examen du projet de budget 2026 du Ministère de l’Industrie et du Commerce a été marqué par un débat particulièrement animé autour de la question de la qualité des produits cosmétiques et des huiles artisanales commercialisés sur le marché sénégalais. Face aux députés réunis en plénière, le ministre Serigne Guèye Diop a été interpellé sur la prolifération de crèmes dépigmentantes dangereuses, de produits cosmétiques non conformes et d’huiles locales fabriquées sans homologation ni traçabilité.

Les parlementaires ont exprimé une profonde inquiétude face à l’ampleur du phénomène, qu’ils qualifient de véritable crise de santé publique. Ils ont cité, entre autres, les crèmes éclaircissantes à forte teneur en corticoïdes, les produits contenant du mercure ou de l’hydroquinone, ainsi que de nombreuses huiles artisanales vendues dans des flacons non étiquetés, sans mention de composition ni date de péremption. Pour plusieurs députés, l’usage de ces produits expose majoritairement les femmes et les jeunes à des risques graves tels que des brûlures, des infections, des troubles hormonaux ou encore des maladies dermatologiques irréversibles. Malgré ces dangers avérés, ces substances continuent d’être librement accessibles dans les marchés, les boutiques de quartier et surtout sur les réseaux sociaux où elles font l’objet d’un marketing agressif.

Les élus ont également dénoncé la responsabilité de certains commerçants et influenceurs qui, en quête de profit rapide, assurent la promotion de produits présentés comme miraculeux sans aucune base scientifique. Ces pratiques, selon eux, renforcent la normalisation du blanchiment de la peau et exploitent la vulnérabilité de consommateurs en quête de transformations corporelles rapides. Ils ont ainsi exhorté le ministère à intensifier le contrôle du marché, à multiplier les opérations de saisie de produits interdits et à sanctionner avec rigueur les importateurs, fabricants et revendeurs impliqués dans ce trafic. De même, ils ont appelé à une vaste campagne de sensibilisation destinée à informer la population des dangers de ces substances et à décourager leur utilisation.

Face à ces interpellations, le ministre Serigne Guèye Diop a reconnu la gravité du problème et confirmé que la lutte contre les produits dépigmentants dangereux figure parmi les priorités de son département. Il a rappelé que des opérations conjointes sont régulièrement menées avec la Douane, la Police, la Gendarmerie et le ministère de la Santé, permettant au fil des années la saisie et la destruction de tonnes de produits illicites. Toutefois, il a admis que le phénomène évolue rapidement, notamment avec l’essor de la vente en ligne et du commerce informel, ce qui complexifie la tâche des autorités.

S’agissant des huiles artisanales, le ministre a annoncé l’élaboration en cours d’un cadre réglementaire spécifique destiné à encadrer la production locale. Ce dispositif devrait rendre obligatoire la déclaration des fabricants, imposer des normes minimales de qualité, d’hygiène et de conditionnement, et garantir une traçabilité adéquate. Serigne Guèye Diop a insisté sur le fait que l’objectif n’était pas de freiner l’initiative entrepreneuriale ou d’étouffer l’artisanat, mais de protéger la santé des consommateurs et d’accompagner les producteurs sérieux vers la conformité et la formalisation. Il a également évoqué le renforcement des campagnes de communication, en collaboration avec les médias et les organisations communautaires, pour mieux informer les populations sur les dangers de la dépigmentation et des produits non homologués.

Cette interpellation parlementaire pourrait marquer un tournant dans la régulation du secteur des cosmétiques et des produits artisanaux au Sénégal. Les députés ont exigé qu’un rapport détaillé sur les actions entreprises soit transmis à la Commission des Affaires économiques, avec des données précises sur les contrôles effectués, les quantités saisies et les sanctions appliquées. Pour de nombreux observateurs, la problématique dépasse largement la dimension esthétique : elle touche à la santé publique, à la confiance en soi, à la construction de l’identité culturelle et au bien-être économique des populations. À l’heure où l’Agenda national de Transformation « Sénégal 2050 » ambitionne de promouvoir un développement humain durable, la lutte contre les produits dépigmentants dangereux et la mise en place d’un cadre rigoureux pour les huiles artisanales apparaissent comme des enjeux cruciaux, à la croisée du sanitaire, du social et de l’économique.


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