C’est une véritable contre-offensive politique qui s’est jouée, jeudi 3 septembre 2026, à Kaolack. Alors que le gouvernement venait de dévoiler à Dakar son Plan de traitement de la dette (PTDS), des responsables de Pastef ont rapidement convoqué la presse dans la capitale du Saloum pour livrer une lecture particulièrement critique de cette nouvelle stratégie de gestion de la dette publique.
Porte-voix de cette contestation, Cheikh Diaw, responsable de Pastef à Kaolack, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, le PTDS ne serait qu’une formulation destinée à masquer une réalité beaucoup plus contraignante : un simple rééchelonnement de la dette, que les autorités hésiteraient à assumer comme tel.
« On nous vend du lissage, mais on nous prépare en réalité à la rigueur des institutions de Bretton Woods. Pendant ce temps, personne ne parle d’annulation franche et nette de la dette », a-t-il martelé devant les journalistes.
À travers cette prise de position, le responsable politique estime que la stratégie retenue par l’État risque d’accentuer les contraintes qui pèsent déjà sur les finances publiques et de réduire davantage les marges de manœuvre économiques du Sénégal.
Des chiffres au cœur de la controverse
Pour étayer son argumentaire, Cheikh Diaw s’est appuyé sur les données relatives au niveau d’endettement du Sénégal. Il a évoqué une dette centrale représentant entre 125 % et 132 % du PIB, soit plus de 15 000 milliards de francs CFA, ainsi qu’un poids important du service de la dette sur les ressources publiques.
Selon lui, le Sénégal consacre une part considérable de ses recettes au remboursement du principal et au paiement des intérêts, une situation qui limite fortement les capacités de financement de l’État.
Le responsable de Pastef s’est également montré sceptique quant à l’impact du nouvel accord annoncé avec le Fonds monétaire international (FMI), d’un montant de 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 244 milliards de francs CFA. À ses yeux, ces ressources ne permettraient pas de régler durablement la question de la dette si elles servent principalement à répondre aux besoins immédiats de financement plutôt qu’à transformer en profondeur la structure de l’endettement.
Le précédent zambien brandi comme un avertissement
Dans son argumentaire, Cheikh Diaw a également évoqué le cas de la Zambie pour illustrer les risques d’une restructuration qui, selon lui, ne déboucherait pas sur un véritable allègement de la dette.
« Là-bas, la restructuration sans allègement réel a replongé le pays dans la spirale de la dette. Nous sommes en train de signer le même chèque en blanc au FMI », a-t-il déclaré.
Le responsable politique a par ailleurs ciblé les réformes budgétaires susceptibles d’accompagner le nouveau cadre de financement. Il a notamment dénoncé la perspective d’une réduction, voire d’une suppression, des subventions énergétiques, ainsi qu’une éventuelle augmentation de la pression fiscale.
Il estime que de telles mesures pourraient se traduire directement par une hausse du coût de la vie pour les ménages sénégalais.
« Ce n’est pas un plan de traitement, c’est un plan de pression sur les ménages. Les Sénégalais paieront encore la cherté de la vie pendant que l’on signe des accords à Bruxelles ou à Washington », a-t-il dénoncé.
Pastef prône un gel du service de la dette
Face à cette situation, Cheikh Diaw a réaffirmé ce qu’il présente comme la position de son courant politique : s’opposer à un ajustement budgétaire qui ferait principalement peser l’effort sur les populations et privilégier une renégociation plus offensive de la dette.
Il a notamment plaidé pour un gel du service de la dette et une renégociation permettant, selon lui, d’obtenir un allègement substantiel de l’endettement du pays.
« L’argent du FMI ne doit pas servir à rembourser d’anciennes dettes, mais à financer nos hôpitaux, nos écoles et notre production locale. C’est ça, la vraie souveraineté », a-t-il conclu sous les applaudissements de ses soutiens.
La sortie de Cheikh Diaw intervient ainsi dans un contexte où le traitement de la dette publique s’impose comme l’un des principaux enjeux économiques et politiques du Sénégal. À Kaolack, Pastef entend manifestement peser sur le débat en contestant les choix du gouvernement et en appelant à une approche fondée davantage sur l’allègement de la dette et la protection des capacités d’investissement de l’État.
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