Politique
Révision constitutionnelle : Me Abdoulaye Tine dénonce une « fraude politique » et appelle à un débat de vérité
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par
Diack
Le débat sur la révision constitutionnelle continue d’alimenter les tensions et les prises de position au sein de la classe politique sénégalaise. Lors de la conférence des leaders de la coalition Diomaye Président, Me Abdoulaye Tine a vivement critiqué le processus engagé, estimant que les réformes envisagées risquent de bouleverser l’équilibre institutionnel sans véritable concertation nationale.
Face aux responsables politiques, l’avocat a plaidé pour davantage de transparence et de sincérité dans la conduite du débat public. Selon lui, les citoyens doivent être pleinement informés des enjeux réels de la réforme dans un contexte qu’il juge marqué par une multiplication des interprétations et des manipulations de l’opinion.
« Il faut faire face au peuple et lui tenir un langage de vérité sur la situation. Aujourd’hui, il y a beaucoup de manipulations dans la société », a déclaré Me Abdoulaye Tine.
L’ancien acteur du mouvement citoyen a rappelé les combats menés au sein du Front pour la défense de la démocratie et de la République (F24), soulignant que plusieurs forces politiques aujourd’hui opposées au projet de révision avaient déjà combattu ensemble ce qu’elles considéraient comme des dérives institutionnelles sous le précédent régime.
« Nous étions ensemble dans le F24, engagés dans la même lutte contre les manipulations. Nous n’avons pas oublié ce combat et nous continuons à travailler dans ce même esprit républicain », a-t-il affirmé.
Pour Me Tine, les modifications envisagées dépassent largement le cadre d’un simple ajustement institutionnel. Il considère que le projet traduit une volonté politique de transformer en profondeur l’organisation des pouvoirs publics.
« On ne joue pas avec la Constitution. Où est la rupture qui nous avait été promise ? Ce qui est en train de se faire aujourd’hui ressemble davantage à une révision idéologique qu’à une véritable révision constitutionnelle », a-t-il soutenu.
L’avocat estime également que les amendements proposés ne constituent qu’une partie visible d’un projet beaucoup plus vaste. Selon lui, le texte soumis au débat aurait subi d’importantes modifications au point de devenir, à ses yeux, très éloigné de sa version initiale.
« Les amendements sont l’arbre qui cache la forêt. Le texte qui est aujourd’hui présenté est devenu totalement méconnaissable par rapport à sa version initiale », a-t-il déclaré.
Allant plus loin dans ses critiques, Me Abdoulaye Tine a qualifié la démarche de « fraude politique » menée sous couvert de modernisation des institutions. Il estime que l’objectif poursuivi ne serait pas le renforcement de la démocratie, mais une concentration accrue du pouvoir.
« C’est une fraude sous couvert d’une révision constitutionnelle. Ce qu’ils recherchent, c’est davantage de pouvoir, rien de plus », a-t-il affirmé, rappelant que le président de la République dispose déjà, selon lui, de larges prérogatives lui permettant de mettre en œuvre son programme politique.
Sur le plan juridique, le responsable politique considère que la proposition de révision soulève des interrogations quant à sa recevabilité. Il estime que cette question aurait dû être examinée dès l’ouverture des travaux parlementaires.
« Pour moi, cette révision est irrecevable. Cette question aurait dû être soulevée d’office à l’Assemblée nationale », a-t-il déclaré.
Il accuse également la majorité parlementaire de vouloir imposer le texte grâce à son poids numérique au sein de l’hémicycle.
« Ils veulent faire un forcing avec leur majorité. Mais au final, c’est le peuple qui aura le dernier mot », a-t-il averti.
Convaincu que les Sénégalais demeurent attachés aux équilibres institutionnels actuels, Me Abdoulaye Tine estime que toute réforme perçue comme unilatérale risque de susciter une forte opposition citoyenne. Selon lui, le débat dépasse désormais les clivages politiques traditionnels et engage directement l’avenir institutionnel du pays.
« Le peuple sénégalais saura se prononcer en temps voulu et dira non à toute réforme qui ne répond pas scrupuleusement à l’intérêt général », a-t-il conclu.
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