À l’hôpital régional de Saint-Louis, les plaintes des patients et de leurs accompagnants se multiplient. Ce lieu censé symboliser la guérison est devenu, pour beaucoup, un espace de souffrance et de désespoir. Manque de médecins spécialistes, lenteurs administratives, accueil défaillant et conditions de travail précaires : le malaise est généralisé et se lit sur tous les visages.
Des patients livrés à eux-mêmes
Pour de nombreux malades, se faire soigner à l’hôpital régional de Saint-Louis relève du parcours du combattant. Les attentes interminables, les absences répétées des médecins de garde et la lenteur dans la prise en charge créent un climat d’abandon.
« Pour vous dire la vérité, l’hôpital régional de Saint-Louis est le pire que j’aie connu. Ce n’est pas un hôpital, c’est un mouroir », confie une accompagnante sous couvert d’anonymat. Elle raconte comment, pendant plusieurs heures, aucun médecin n’est intervenu alors que son proche souffrait.
La dame, visiblement épuisée, évoque également un épisode survenu au service des urgences. « Mon père devait être transféré au service de chirurgie. On nous a demandé d’attendre le brancardier, mais il n’est jamais venu. Ce n’est qu’après qu’on m’a dit qu’il fallait lui donner 1000 ou 2000 francs pour qu’il se déplace rapidement. J’ai fini par le faire, et il est venu aussitôt. »
Indignée, elle s’interroge : « Comment peut-on monnayer le transfert d’un malade dans un hôpital public ? Dans un pays normal, c’est impensable ! » Elle dénonce aussi l’attitude du personnel d’accueil, souvent jugé froid et irrespectueux envers les accompagnants. « Ceux qui souffrent n’ont pas besoin d’agressivité, mais d’un peu d’humanité. »
Un déficit criant de médecins spécialistes
Au-delà des comportements individuels, le problème structurel le plus alarmant reste le manque de médecins spécialistes. Selon El-Hadji Ciré Balley Diallo, vice-président national de SOS Consommateurs chargé de la santé, le Sénégal accuse un déficit d’environ 950 spécialistes, notamment en cancérologie, neurochirurgie et anesthésie-réanimation.
À Saint-Louis, cette pénurie se fait particulièrement sentir. Plusieurs patients affirment devoir attendre des jours, parfois des semaines, qu’un spécialiste quitte Dakar pour venir consulter. « Je viens de Rosso Béthio, cela fait une semaine que j’attends un spécialiste. C’est inacceptable pour une région aussi importante que Saint-Louis », déplore un accompagnant.
Cette situation pousse certains agents à exercer parallèlement dans des cliniques privées, ce qui alimente l’absentéisme et fragilise davantage le service public.
Des nuits d’angoisse et de négligence
La situation devient encore plus critique la nuit. Plusieurs témoins évoquent des agents de garde peu réactifs face à l’urgence. « Quand on les appelle pour soulager un patient ou arrêter une perfusion, ils disent “on arrive”, mais ils mettent parfois des heures à se déplacer », raconte un habitant de Saint-Louis.
Selon lui, cette attitude trahit un manque d’humanisme. « Être médecin, c’est avant tout une vocation. Ce métier est sacré. Certains doivent se rappeler pourquoi ils ont choisi cette voie. »
Ces dysfonctionnements nourrissent un sentiment de peur dans la population. « Ici, quand on tombe malade, on hésite à venir à l’hôpital. C’est triste pour une ville comme Saint-Louis, autrefois symbole de prestige et d’hospitalité », déplore-t-il.
Des conditions de travail dégradées
Un médecin rencontré sur place, préférant garder l’anonymat, confirme les difficultés du personnel. « Nous travaillons dans des conditions très dures. Le personnel est insuffisant, le matériel manque, et le moral est au plus bas. Certains collègues ne sont toujours pas intégrés dans la fonction publique malgré plusieurs années de service. »
Selon lui, la lenteur administrative décourage les jeunes praticiens. « On parle d’un déficit de spécialistes, mais ceux qui sont là attendent encore leur recrutement. C’est absurde. Nous continuons à exercer par vocation, mais l’État doit agir avant que tout ne s’effondre. »
Des infrastructures vétustes et un environnement inadapté
L’hôpital souffre aussi de sa vétusté. Les salles sont délabrées, le matériel obsolète et les travaux de réfection en cours génèrent un vacarme permanent. « Comment un malade peut-il se reposer quand il y a des marteaux et des perceuses toute la journée ? », s’interroge un accompagnant, excédé.
Situé au cœur d’un quartier bruyant, entouré d’écoles et d’artères passantes, l’hôpital est en permanence exposé au tumulte, aggravant le stress des patients.
Un appel pressant aux autorités
Face à cette situation, les habitants de Saint-Louis réclament des réformes urgentes. Ils plaident pour la construction d’un nouvel hôpital moderne, mieux équipé et plus spacieux, capable de répondre aux besoins de la région nord. Ils demandent aussi le recrutement de médecins spécialistes, la formation continue du personnel et une meilleure gestion interne.
« Les autorités doivent venir constater par elles-mêmes. Ce n’est pas digne d’une ville comme Saint-Louis. Nous voulons juste que les malades soient soignés avec respect et professionnalisme », lance un citoyen à la sortie de l’établissement.
Le cas de l’hôpital régional de Saint-Louis illustre à lui seul les défaillances du système de santé sénégalais : manque de ressources humaines, infrastructures vieillissantes, absence de suivi et détresse des patients.
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