Santé
Santé : And Gueusseum rejette le décret 2025-670 jugé « inéquitable » et annonce un plan d’action à Ziguinchor
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par
Le Dakarois
Le secteur de la santé au Sénégal est à nouveau traversé par des remous. À Ziguinchor, la section régionale du syndicat And Gueusseum hausse le ton contre le décret n°2025-670 du 29 avril 2025, qu’elle qualifie « d’inéquitable » et « de profondément injuste ». Ce texte, signé par les autorités, fixe les règles de fonctionnement des organes délibérants dans les entités du secteur parapublic, notamment les hôpitaux publics. Mais ce sont surtout les dispositions relatives à la représentation du personnel qui cristallisent la colère des travailleurs.
En effet, le décret réserve désormais l’éligibilité des représentants du personnel aux seuls agents appartenant à la hiérarchie A. Pour And Gueusseum, cette restriction crée une fracture au sein du système hospitalier, en excluant de nombreux acteurs essentiels du fonctionnement des établissements de santé. « C’est une mesure discriminatoire et contraire à l’esprit d’équité qui doit prévaloir dans nos hôpitaux », déplore Ousmane Mbaye, coordinateur régional du syndicat à Ziguinchor.
Selon lui, le texte prive une majorité d’agents — notamment les infirmiers, sages-femmes, aides-soignants, techniciens et autres personnels de soutien — de leur droit à participer à la gouvernance de leur structure. « Dans un hôpital, l’efficacité repose sur la complémentarité des métiers. Ce n’est pas un diplôme qui fait le dévouement ni la compétence dans la défense des intérêts collectifs », a-t-il souligné, estimant que « la représentation du personnel devrait être ouverte à tous ceux qui travaillent sur le terrain au service des malades ».
Les membres d’And Gueusseum estiment également que le décret souffre d’une incohérence majeure. Le coordinateur régional rappelle en effet que « le président du conseil d’administration d’un hôpital, qui exerce un pouvoir stratégique bien plus important, n’est soumis à aucune exigence de hiérarchie particulière. Il est nommé par décret présidentiel, quel que soit son profil. Pourquoi, dans ce cas, imposer une restriction de grade uniquement aux représentants du personnel ? ». Pour les syndicalistes, cette asymétrie traduit un manque d’équilibre et renforce le sentiment d’injustice parmi les agents concernés.
Face à cette situation, And Gueusseum a entamé une série de démarches. Des rencontres ont déjà eu lieu avec les directions de l’hôpital de la Paix et de l’hôpital régional de Ziguinchor afin de présenter les doléances du personnel et de solliciter un dialogue avec les autorités de tutelle. Ces discussions n’ayant, pour l’heure, abouti à aucun compromis, le syndicat a décidé de passer à l’action.
Un sit-in est prévu le 21 novembre prochain à Ziguinchor, dans le cadre de la mise en œuvre du cinquième plan d’action syndicale. Si aucune suite favorable n’est donnée à leurs revendications, And Gueusseum prévoit d’élargir la mobilisation à d’autres structures sanitaires du pays, avec la possibilité d’une grève de 72 heures. « Ce plan d’action est un avertissement. Nous sommes ouverts au dialogue, mais nous n’accepterons pas que les droits des travailleurs soient sacrifiés », a prévenu Ousmane Mbaye.
Par ailleurs, le syndicat rejette le pacte de stabilité sociale proposé par le gouvernement, qui vise à instaurer une trêve des grèves pour une période de trois ans. Selon And Gueusseum, ce pacte est « inacceptable » dans la mesure où il a été élaboré sans la consultation de tous les acteurs représentatifs. « Nous n’avons pas été conviés à la signature de ce document, et même si nous l’avions été, nous ne l’aurions pas signé. L’État ne peut pas parler de stabilité alors qu’il n’a pas encore honoré ses engagements vis-à-vis des travailleurs », a déclaré le coordinateur.
And Gueusseum revendique depuis plusieurs années une autonomie syndicale vis-à-vis des centrales traditionnelles, se présentant comme une « troisième voie syndicale » : indépendante, critique et résolument tournée vers la défense des droits et de la dignité du personnel de santé. À Ziguinchor, comme ailleurs, la coordination régionale assure qu’elle restera mobilisée jusqu’à la révision ou la suspension du décret 2025-670, estimant qu’il remet en cause des acquis sociaux durement obtenus après des années de lutte.
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