L’ancien ministre de l’Énergie sous le régime de Me Abdoulaye Wade, Samuel Sarr, fait désormais face à un procès très attendu devant le tribunal correctionnel de Dakar. Selon le quotidien L’As, il a été inculpé par le juge du deuxième cabinet et placé sous contrôle judiciaire depuis le 6 avril dernier pour des faits d’abus de confiance portant sur une somme faramineuse de deux milliards de francs CFA. Cette procédure, qui le met aux prises avec l’homme d’affaires Cheikh Amar, est l’un des dossiers politico-judiciaires les plus sensibles hérités de la période post-alternance.
L’affaire a été appelée hier devant le tribunal correctionnel, mais le juge a finalement décidé de renvoyer les débats à une audience spéciale fixée au 30 avril 2026. Ce renvoi vise à permettre la comparution du plaignant et à donner le temps nécessaire aux différentes parties pour présenter leurs arguments et plaidoiries.
À l’origine de ce contentieux, un prêt de deux milliards de francs CFA que Cheikh Amar affirme avoir accordé à Samuel Sarr en 2014. Selon la partie civile, l’homme d’affaires soutient que l’ancien ministre lui avait demandé ces fonds au nom de Me Abdoulaye Wade, présenté comme étant dans une situation financière difficile après la perte du pouvoir par le Parti démocratique sénégalais (PDS). Cheikh Amar dit avoir émis plusieurs chèques pour atteindre le montant total de deux milliards, remettant les fonds à Samuel Sarr dans le but qu’ils soient transmis à l’ancien président. Or, selon lui, cette somme n’est jamais parvenue au « Pape du Sopi ».
Face à l’absence de remboursement et aux explications jugées insatisfaisantes, Cheikh Amar a finalement décidé de porter plainte pour récupérer son argent. Convoqué dans le cadre de l’enquête à la Section de recherches de la Gendarmerie, Samuel Sarr a riposté en déposant lui aussi une plainte contre l’homme d’affaires. Malgré cette contre-offensive judiciaire, c’est finalement lui qui a été inculpé, placé sous contrôle judiciaire et laissé en liberté provisoire en attendant son procès.
L’ancien ministre a tenté de se défendre en produisant un document signé qui, selon lui, retrace la destination des fonds querellés. Ce document mentionnerait une liste de dignitaires religieux, d’hommes politiques, de journalistes et d’avocats qui auraient bénéficié des deux milliards en question. Une version contestée par la partie civile, qui reste convaincue que l’argent était destiné exclusivement à Me Wade et n’a jamais été transmis.
Le renvoi de l’affaire en audience spéciale donne désormais près de cinq mois aux deux camps pour affiner leurs stratégies et préparer une confrontation judiciaire qui s’annonce particulièrement scrutée. Ce dossier, où se mêlent enjeux politiques, relations d’affaires et allégations de détournement, pourrait lever un coin du voile sur des pratiques financières longtemps restées opaques dans les cercles du pouvoir de l’époque Wade. Le 30 avril 2026, le tribunal correctionnel sera appelé à trancher un litige qui continue d’alimenter les spéculations et les interrogations au sommet de la scène politique sénégalaise.