Economie
Sénégal–FMI : L’ombre persistante de la dette cachée retarde un nouveau programme d’aide
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par
Diack
Le Fonds Monétaire International (FMI) attend toujours des éclaircissements complets sur la dette publique du Sénégal, plus de cinq mois après la publication d’un rapport explosif de la Cour des comptes. Ce dernier avait révélé en février dernier l’existence d’environ 7 milliards de dollars de dette non déclarée, accumulée durant les dernières années du régime de Macky Sall. Pourtant, pour le FMI, ce rapport reste « incomplet et imprécis », selon des informations révélées par Jeune Afrique.
Ces révélations ont déclenché une procédure de « misreporting » au sein de l’institution de Bretton Woods. Cette procédure vise à déterminer si les autorités sénégalaises ont fourni de fausses informations lors de la signature de l’accord triennal de Facilité Élargie de Crédit (FEC), conclu en juin 2023 et portant sur un total de 1,8 milliard de dollars.
En cas de confirmation du manquement, le FMI pourrait exiger le remboursement de l’intégralité des fonds déjà décaissés ou, selon ses propres critères d’évaluation et de coopération future, décider de passer l’éponge. La décision dépendra largement de l’ampleur de la dette dissimulée et de la volonté du Sénégal de faire toute la lumière sur sa situation budgétaire.
Pour corriger les insuffisances relevées dans le rapport initial, le gouvernement sénégalais a mandaté le cabinet français Forvis Mazars, un acteur de premier plan dans le secteur de l’audit, avec pour mission de dresser un inventaire exhaustif de la dette publique. L’objectif est de cartographier, créancier par créancier, tous les engagements financiers du pays, y compris ceux qui auraient été contractés hors du cadre budgétaire habituel.
Le ministre des Finances, Cheikh Diba, et le Premier ministre Ousmane Sonko ont insisté sur la nécessité de transparence et de rigueur dans ce travail, jugé crucial pour restaurer la crédibilité budgétaire du Sénégal sur la scène internationale.
Le FMI a d’ores et déjà averti que la conclusion du dossier de misreporting sera un préalable incontournable à tout nouveau programme de financement. Ce dernier, s’il devait être envisagé, ne devrait pas intervenir avant septembre 2025, au plus tôt, a précisé Jeune Afrique.
Dans un contexte économique marqué par une inflation persistante, des tensions sociales croissantes et un besoin urgent de financement pour des projets d’infrastructure et de relance, le retard dans la reprise de la coopération avec le FMI pourrait freiner les ambitions économiques du gouvernement Diomaye Faye.
Pour les nouvelles autorités, cette crise de confiance représente un moment charnière : soit elle expose les fragilités d’une gouvernance financière héritée du passé, soit elle devient une opportunité pour refonder la relation entre le Sénégal et ses bailleurs, sur la base de la transparence, de la redevabilité et de la soutenabilité de la dette.
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