Le journaliste d’investigation et analyste politique Aly Saleh a livré une analyse approfondie des relations actuelles entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, dans un entretien accordé au magazine panafricain Ceux qui font l’Afrique.
Selon lui, la récente décision du Conseil constitutionnel rejetant le projet de révision constitutionnelle constitue un tournant majeur. Les « Sept Sages » ont rappelé la primauté des règles constitutionnelles sur les considérations politiques, traçant ainsi une ligne rouge que les autorités ne peuvent franchir.
Pour Aly Saleh, la saisine du Conseil constitutionnel par le président Bassirou Diomaye Faye, alors que le projet était porté par Ousmane Sonko, ne traduit pas une rupture entre les deux hommes. Elle marque plutôt une évolution de leurs rapports vers un fonctionnement davantage institutionnalisé. Le slogan de campagne « Diomaye moy Sonko » laisse progressivement place aux réalités de l’exercice du pouvoir, où le chef de l’État assume pleinement son rôle de garant des institutions, tandis qu’Ousmane Sonko conserve un positionnement plus politique et offensif.
L’analyste estime que Bassirou Diomaye Faye poursuit son émancipation en privilégiant, dans la conduite des affaires publiques, une approche davantage axée sur les compétences que sur les équilibres partisans. En tant que président de la République, il détient le pouvoir d’arbitrage que lui confère la Constitution.
De son côté, Ousmane Sonko aurait choisi une posture légaliste en acceptant sans confrontation la décision du Conseil constitutionnel. Pour Aly Saleh, cette attitude s’apparente à une retraite stratégique visant à déplacer le débat sur le terrain politique, tout en s’appuyant sur une base militante qu’il juge toujours solide.
L’analyste met toutefois en garde contre une lassitude grandissante de l’opinion publique. Face à l’inflation et à la cherté de la vie, les Sénégalais attendent désormais des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes, bien plus que des débats institutionnels.
Selon Aly Saleh, le refus du Conseil constitutionnel pourrait également devenir un levier politique pour Ousmane Sonko. Les voies classiques de révision de la Constitution étant désormais fermées, le leader du PASTEF pourrait être tenté de transformer cet échec en argument électoral afin de renforcer sa majorité lors d’éventuelles échéances électorales. L’analyste évoque notamment l’hypothèse d’une dissolution stratégique de l’Assemblée nationale pour rechercher une majorité plus confortable, tout en soulignant qu’il s’agit d’une projection politique.
Concernant Bassirou Diomaye Faye, Aly Saleh estime que son choix de s’entourer de profils davantage techniques que militants pourrait renforcer son image de chef d’État autonome et de garant de la Constitution. Toutefois, cette stratégie comporte également un risque politique : si les résultats économiques tardent à se concrétiser, notamment sur la maîtrise de l’inflation et l’amélioration du pouvoir d’achat, cette légitimité pourrait être fragilisée face à une base militante demeurée fidèle à Ousmane Sonko.
En conclusion, Aly Saleh considère que la période actuelle marque la fin du mythe fusionnel incarné par le slogan « Diomaye moy Sonko », qu’il présente comme une dynamique essentiellement électorale. Selon lui, l’exercice du pouvoir a désormais consacré une répartition plus nette des rôles : au président Bassirou Diomaye Faye revient la responsabilité d’arbitrer et de garantir les institutions, tandis qu’Ousmane Sonko demeure le principal animateur du combat politique.
Pour l’analyste, l’avenir de cette relation politique se jouera moins sur les débats institutionnels que sur la capacité des dirigeants à répondre aux attentes économiques des Sénégalais, notamment en matière de lutte contre la vie chère et d’amélioration du pouvoir d’achat.