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Sénégal : les eurobonds reculent après une troisième dégradation de la note souveraine par S&P Global Ratings

Les marchés financiers ont de nouveau réagi négativement à la situation budgétaire du Sénégal. Ce lundi, les obligations en dollars émises par l’État sénégalais ont enregistré un recul notable après que l’agence de notation internationale S&P Global Ratings a abaissé, pour la troisième fois en 2025, la note souveraine du pays, désormais classée à CCC+, soit sept niveaux en dessous de la catégorie « investment grade ». Cette décision, annoncée vendredi dernier, reflète selon l’agence une fragilité persistante des finances publiques, exacerbée par l’absence d’un programme d’appui financier officiel pleinement opérationnel.

Les eurobonds sénégalais arrivant à échéance en 2048 ont ainsi perdu 0,89 cent pour se négocier autour de 58,06 cents sur le dollar, figurant parmi les titres les plus en baisse sur les marchés émergents. Les obligations venant à maturité en 2033 ont également reculé pour atteindre 62,94 cents, signe que la confiance des investisseurs reste sous tension malgré les engagements affichés par les autorités.

Dans son analyse, S&P Global Ratings justifie cette nouvelle dégradation par un déséquilibre financier jugé préoccupant, notamment un niveau d’endettement élevé et une charge d’intérêts particulièrement lourde pour l’État. Selon l’agence, les mesures actuelles visant à stimuler la croissance et à renforcer la mobilisation fiscale, bien que significatives, ne suffisent pas, en l’absence d’un programme d’appui multilatéral crédible, à restaurer la soutenabilité financière dans un horizon proche.

La crise de confiance actuelle trouve son origine dans la suspension, l’an dernier, du programme de financement de 1,8 milliard de dollars conclu avec le Fonds monétaire international. Cette suspension est intervenue après la découverte d’un volume de dette estimé à 7 milliards de dollars, jusque-là non inscrit dans les déclarations officielles, et attribué à l’ancienne administration. Depuis lors, le gouvernement sénégalais tente de renégocier un nouvel accord avec le FMI, mais les discussions semblent progresser lentement, dans un contexte où les engagements budgétaires affichés apparaissent difficiles à tenir.

L’économiste Jacques Nel, responsable de l’analyse macroéconomique pour l’Afrique au sein du cabinet Oxford Economics, estime que le Sénégal fait face à une équation budgétaire complexe. Alors que les autorités prévoient une réduction rapide du déficit, passant de 5,4 % du PIB dès 2026 à 3 % en 2027, S&P juge ces projections irréalistes et anticipe plutôt un déficit de 8,1 % en 2026 et 6,8 % en 2027. Cet écart notable entre objectifs politiques et estimations techniques renforce la perception d’incertitude parmi les investisseurs internationaux.

Cette nouvelle dégradation représente un signal d’alerte supplémentaire pour Dakar, dont l’accès aux marchés internationaux pourrait être davantage restreint, avec des coûts d’emprunt en hausse et une exposition accrue au risque de refinancement. Elle intervient également à un moment où le gouvernement multiplie les efforts diplomatiques, financiers et institutionnels pour rétablir sa crédibilité, rassurer les partenaires internationaux et relancer la dynamique économique nationale.

La suite dépendra en grande partie de deux leviers : la conclusion d’un nouvel accord stabilisateur avec le FMI et la mise en œuvre concrète, soutenue et cohérente des réformes budgétaires annoncées.

Affaire à suivre de très près…


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