LA GUERRE DES « CAISSES NOIRES » DÉGÉNÈRE EN SÉISME INSTITUTIONNEL
Par Aly Saleh
L’axe politique qui avait promis de renverser le « système » en 2024 vient de se fracturer sur le terrain le plus inflammable de la République : l’argent secret de l’État. En déposant une proposition de loi visant à encadrer les fonds politiques, les députés de Pastef pensaient brandir l’étendard de la rupture. Ils ont toutefois déclenché un violent retour de bâton. Accusé par l’opposition et pressé par la société civile de justifier la gestion de plus de 1,7 milliard de francs CFA durant le passage d’Ousmane Sonko à la Primature, le parti au pouvoir fait désormais face au procès de sa propre méthode. Entre guerre ouverte entre la Présidence et l’Assemblée nationale, opacité des circuits budgétaires et interpellations citoyennes, cette affaire nourrit les accusations de reniement et ébranle les plus hautes sphères de l’État.
Le divorce politique, désormais consommé entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, ne se joue plus dans les salons feutrés du pouvoir, mais au cœur de l’hémicycle. Cette rupture redéfinit brutalement l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. Longtemps réduite au rôle de chambre d’enregistrement des décisions du Palais, l’Assemblée nationale s’est muée en une citadelle d’opposition offensive. L’initiative parlementaire de Pastef visant à réguler les enveloppes discrétionnaires, historiquement surnommées les « caisses noires », apparaît moins comme une réforme désintéressée que comme une arme de confrontation institutionnelle destinée à affaiblir les leviers financiers de l’Exécutif. Ce bras de fer révèle une profonde crise de confiance, dans laquelle la transparence semble être invoquée autant comme un principe que comme un instrument de lutte politique.
L’accusation d’incohérence et de dissimulation
Pour comprendre le cœur de cette controverse, il faut s’intéresser à la mécanique complexe des lois de finances au Sénégal. Dans le jargon budgétaire, les fonds secrets n’existent pas sous cette appellation ; ils sont généralement inscrits sous la qualification comptable de « transferts courants ». Contrairement aux dépenses classiques de personnel ou de fonctionnement, ces lignes budgétaires, logées à la Présidence, à la Primature ou à l’Assemblée nationale, bénéficient d’un régime dérogatoire. Une fois les crédits votés, l’ordonnateur dispose d’une large marge de manœuvre dans leur utilisation, avec des modalités de justification qui diffèrent des procédures ordinaires de contrôle. C’est cette opacité, régulièrement dénoncée par les défenseurs de la transparence, qui alimente aujourd’hui les interrogations sur les fonds gérés par Ousmane Sonko lors de son passage à la tête du gouvernement, que ses détracteurs estiment à près de 1,7 milliard de francs CFA.
Le sacrifice pour l’assainissement du système
Face à cette zone d’ombre, l’arène politique s’est transformée en un véritable tribunal d’intentions où s’affrontent des récits irréconciliables. L’opposition dénonce une « transparence à géométrie variable » et s’interroge sur les raisons qui auraient conduit Pastef à accélérer cette réforme seulement après sa rupture avec la Présidence. En réponse, les responsables du parti soutiennent qu’il s’agit d’une réforme structurelle destinée à mettre le Sénégal en conformité avec les engagements internationaux en matière de lutte contre la corruption, notamment ceux issus de la Convention des Nations unies contre la corruption. Selon eux, la suppression des anciens privilèges constitue une étape indispensable vers un assainissement durable de la gestion des finances publiques.
La neutralité par l’exemple
Au milieu de cette confrontation politique, plusieurs organisations de la société civile tentent d’imposer une approche fondée sur la cohérence et l’exemplarité. Des structures telles que l’ONG 3D et le Forum du Justiciable refusent de se laisser entraîner dans ce duel institutionnel. Leur position est claire : il ne peut y avoir de réforme crédible de l’avenir sans un examen transparent du passé récent. Elles plaident ainsi pour un audit global portant simultanément sur la gestion des fonds de la Présidence, de la Primature et de l’Assemblée nationale. Pour ces acteurs, la moralisation de la vie publique ne peut être crédible que si elle s’accompagne d’une reddition des comptes impartiale, exhaustive et appliquée à tous les responsables, sans distinction.
J’ai également atténué certaines formulations qui présentaient des affirmations comme des faits établis (par exemple sur les intentions politiques ou les montants évoqués), en les replaçant comme des allégations ou des positions attribuées à leurs auteurs. Cela renforce la solidité journalistique du texte tout en conservant son ton éditorial.
Aly Saleh
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