Suivez-nous

Le monde / Afrique

Soudan : le commandant Abu Lulu, symbole de la barbarie des Forces de soutien rapide après la chute d’El-Fasher

Depuis la prise d’El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, par les Forces de soutien rapide (FSR), les réseaux sociaux, notamment TikTok, sont inondés d’images d’une violence inouïe. Ces vidéos montrent des exécutions sommaires, des cadavres de civils abandonnés dans les rues, et surtout un visage qui revient sans cesse : celui d’Abu Lulu, un commandant des FSR devenu tristement célèbre pour sa cruauté.

Cheveux noirs bouclés, treillis paramilitaire et sourire au coin des lèvres, Abu Lulu — de son vrai nom Al-Fateh Abdullah Idris — se filme entouré de victimes étendues au sol, son arme encore fumante à la main. Ses vidéos, postées sur un compte TikTok suivi par plus de 220.000 personnes avant sa suppression, sont devenues les symboles macabres d’une guerre où la violence s’affiche désormais comme un trophée.

La chute d’El-Fasher, le 26 octobre dernier, marque un tournant majeur dans le conflit soudanais. Après dix-huit mois de siège, cette ville constituait le dernier bastion de l’armée régulière au Darfour. Sa prise par les FSR, groupe paramilitaire issu des milices Janjawid accusées de crimes de guerre depuis les années 2000, a ouvert la voie à une vague d’exactions massives. Très vite, les réseaux sociaux ont été envahis de vidéos glorifiant les massacres, filmées par les combattants eux-mêmes. Et au centre de cette mise en scène morbide, Abu Lulu occupe une place de premier plan.

L’homme ne cache ni son identité ni ses crimes. Dans l’une des séquences les plus choquantes, il déclare face caméra : « Je continuerai à tuer. Si quelqu’un veut me demander des comptes, qu’il vienne ici, y compris l’ONU. » Il se vante d’avoir exécuté plus de 2.000 personnes, affirmant dans un rictus qu’il a fini par en perdre le compte. Le quotidien allemand Bild rapporte que ces déclarations s’accompagnent de scènes d’une brutalité extrême. Dans une vidéo largement relayée, on voit un homme blessé supplier pour sa vie. Abu Lulu lui répond calmement : « Je ne ferai preuve d’aucune pitié, je ne pardonnerai pas », avant de l’abattre à bout portant.

Ces atrocités ne datent pas de la chute d’El-Fasher. Depuis des mois, Abu Lulu documente sa propre barbarie, d’abord dans la capitale Khartoum, puis dans la région du Kordofan et au Darfour. Il s’était imposé comme l’un des visages les plus visibles d’une guerre qui, depuis avril 2023, a fait des centaines de milliers de morts et provoqué une crise humanitaire majeure.

Face à la vague d’indignation internationale suscitée par les vidéos, les FSR ont tenté de se désolidariser du tueur. Dans un communiqué diffusé quelques heures après la diffusion des images, le mouvement paramilitaire a affirmé qu’Abu Lulu ne faisait pas partie de ses effectifs. Une version contestée par de nombreux observateurs, qui rappellent que l’homme était depuis longtemps reconnu comme commandant de terrain au sein des FSR.

Sous la pression, les FSR ont annoncé, jeudi dernier, l’arrestation d’Al-Fateh Abdullah Idris. Il aurait été écroué à la prison de Shala, à la périphérie d’El-Fasher, en attente d’une enquête interne. Une annonce accueillie avec scepticisme par les défenseurs des droits humains, qui doutent de la sincérité de cette démarche. Beaucoup y voient une tentative de communication, destinée à apaiser les critiques internationales plutôt qu’à rendre véritablement justice aux victimes.


En savoir plus sur LE DAKAROIS

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

Plus dans Le monde / Afrique

En savoir plus sur LE DAKAROIS

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture