Leur couverture semblait sans faille : prénoms sénégalais, livraisons discrètes et un réseau apparemment bien huilé. Mais cette façade n’a pas résisté à la vigilance des limiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). À l’issue d’une opération d’infiltration minutieusement menée à Zac Mbao, deux trafiquants présumés de Kush — une drogue de plus en plus répandue dans la banlieue dakaroise — ont été arrêtés.
Les mis en cause, A. Sow alias Amdy, un Guinéen âgé de 25 ans, et A. Diallo alias Hamza, Sierra-Léonais de 27 ans, opéraient sous de fausses identités sénégalaises pour brouiller les pistes. Leur chute a débuté à la suite d’un renseignement anonyme transmis aux enquêteurs, signalant l’existence d’un réseau actif entre Diamniadio et Rufisque.
Les agents de l’OCRTIS ont alors décidé de piéger A. Sow en lui passant une commande test de 70 000 FCFA. Le 31 octobre dernier, le jeune homme s’est présenté au garage de Zac Mbao pour effectuer la livraison. À la fouille, les policiers découvrent un sachet contenant du Kush. Acculé, Amdy finit par avouer et livre le nom de son fournisseur, un certain Hamza, décrit comme le véritable cerveau du réseau.
Une seconde opération d’infiltration est aussitôt mise sur pied. Cette fois, les enquêteurs se font passer pour de nouveaux clients et contactent A. Diallo. Le piège fonctionne à nouveau. Lors de son arrestation, les policiers saisissent plus de 30 cornets de Kush, soigneusement emballés et prêts à être écoulés. La découverte confirme l’existence d’un trafic transfrontalier bien organisé, reliant la Sierra Leone et la Guinée au marché dakarois.
Face aux juges, les deux prévenus ont tenté de se défendre tant bien que mal. A. Sow affirme qu’il ignorait le contenu des colis qu’il transportait, soutenant qu’il ne faisait que rendre service. Son coaccusé, A. Diallo, tente pour sa part de se présenter comme une simple victime des circonstances : « Un client est descendu et a oublié un sachet sur ma moto », a-t-il juré devant la barre.
Mais leurs arguments n’ont guère convaincu. Le tribunal disposait de preuves solides : des échanges WhatsApp détaillant les transactions, des vidéos de livraison filmées par un agent infiltré — un policier répondant au nom d’Amara —, ainsi que des aveux initiaux établissant leurs liens directs avec le trafic.
Le procureur, estimant les faits clairement établis, a requis cinq ans de prison ferme contre les deux hommes, soulignant « la gravité des faits et la dangerosité du Kush pour la jeunesse sénégalaise ». Les avocats de la défense, Me Niang et son confrère, ont tenté de plaider la consommation personnelle et l’absence d’association de malfaiteurs. Ils ont également dénoncé un procès-verbal « truffé de contradictions » et une procédure qu’ils jugent « bâclée ».
Dans son délibéré, le tribunal a écarté le chef d’association de malfaiteurs, mais a reconnu A. Sow et A. Diallo coupables d’offre et de détention de drogue. Tous deux ont été condamnés à deux ans de prison ferme. Le tribunal a également ordonné la confiscation du téléphone portable et de la moto utilisés pour les livraisons.