Le parquet de Paris a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire contre X pour « association de malfaiteurs », dans une affaire aux allures de polar diplomatique mêlant renseignement, terrorisme présumé, et une figure controversée du barreau parisien. Me Olivier Pardo, avocat du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, affirme avoir été la cible d’un projet d’assassinat pour son engagement professionnel dans une affaire hautement sensible.
L’affaire débute le 16 juillet dernier, lorsque Rudy Terranova, un homme au passé judiciaire chargé, se rend au cabinet de Me Pardo à Paris. Lors de cet entretien – auquel assistent également deux avocats, un collaborateur et une stagiaire – Terranova révèle qu’il aurait été « missionné » pour assassiner Me Pardo. Selon ses dires, l’ordre émanerait de membres libanais présumés du Hezbollah, rencontrés au Sénégal. Leur mobile : sanctionner l’avocat pour avoir pris la défense de Benjamin Netanyahu, visé depuis novembre 2024 par un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans la bande de Gaza.
Terranova, qui affirme avoir refusé d’exécuter cette mission, aurait ainsi choisi de prévenir l’avocat pour se « libérer d’un poids ». Ces révélations ont immédiatement conduit à l’ouverture d’une enquête, confiée à des services spécialisés.
Âgé de 47 ans, Rudy Terranova n’en est pas à sa première apparition dans les colonnes judiciaires. Condamné en 2004 pour des violences liées à sa radicalisation islamiste, il a été informateur de police à Versailles entre 2006 et 2007, avant d’être écarté pour sa dangerosité supposée. En 2007, il avait été soupçonné d’avoir participé à la tentative d’assassinat de l’avocat Karim Achoui, avant d’être finalement acquitté.
D’après Le Parisien, Terranova purgeait encore récemment une peine de prison en lien avec des affaires de grand banditisme, et c’est derrière les barreaux qu’il se serait radicalisé.
Le parquet de Paris, qui confirme l’ouverture de l’information judiciaire, dénonce en parallèle la « violation du secret de l’enquête » à la suite des révélations de la presse. L’affaire, en effet, ne manque pas de zones d’ombre : les motivations réelles de Terranova, la véracité de ses accusations, l’identité de ses supposés commanditaires et l’éventuelle implication de réseaux opérant depuis l’étranger – notamment au Sénégal – devront être éclaircies par la justice.
Contacté par l’AFP, Me Olivier Pardo reste mesuré : « Je suis serein. Cela fait partie des risques de mon métier quand on défend des causes qui, en France, font polémique. » Figure du barreau parisien, Me Pardo est également connu pour avoir défendu la ministre française Rachida Dati et le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour.
Au croisement du droit international, des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et des réseaux de renseignement, cette affaire met en lumière les risques encourus par certains avocats engagés dans des dossiers brûlants. Elle soulève également des questions troublantes sur la présence et les activités de groupes étrangers en Afrique de l’Ouest, ainsi que sur les connexions entre criminalité organisée, radicalisation, et instrumentalisations politiques.