Le déplacement du Premier ministre Ousmane Sonko à Abu Dhabi continue de susciter une vive curiosité, tant la gestion de l’information par la Primature apparaît inhabituelle. Contrairement aux pratiques établies, aucune communication officielle n’a été diffusée pour annoncer ce voyage, ni communiqué, ni images, ni même une brève note aux médias. Cette absence totale de transparence tranche avec la routine institutionnelle, où chaque sortie du chef du gouvernement fait l’objet d’un minimum de couverture médiatique, ne serait-ce que pour informer l’opinion sur l’agenda international du Sénégal.
La situation a pris une tournure encore plus étrange lorsque le premier élément public concernant ce déplacement est venu non pas des autorités sénégalaises, mais d’un tweet publié à Paris par le journaliste Madiambal Diagne. Dans ce message, il détaille l’heure de départ du Premier ministre et mentionne même le type d’appareil utilisé : un jet privé Dassault Falcon 8X, un avion long-courrier de luxe capable de parcourir près de 12 000 kilomètres sans escale. Ces précisions, livrées de manière informelle et extérieure à toute communication d’État, ont immédiatement alimenté le mystère entourant le voyage.
Les informations supplémentaires évoquées par Madiambal Diagne ont renforcé les interrogations. Il fait notamment état d’un déménagement des affaires du Petit Palais vers le domicile du Premier ministre, un détail qui, dans ce contexte déjà trouble, a été interprété par certains comme un signe d’anomalie, voire d’inquiétude. Par ailleurs, l’utilisation d’un jet privé de très haut standing dans une période de restrictions budgétaires soulève de légitimes questions sur l’opportunité du choix logistique et sur la cohérence politique globale. En l’absence d’explications officielles, l’opinion s’interroge sur la nature exacte de la mission : économique, diplomatique, ou autre.
Le quotidien L’As relève que cette discrétion, totalement inhabituelle pour un déplacement de cette importance, a laissé libre cours aux rumeurs, plongeant l’espace public dans une spirale de commentaires et de spéculations. Dans un contexte où chaque visite internationale peut être associée à des enjeux financiers, stratégiques ou diplomatiques majeurs, le silence de la Primature apparaît d’autant plus surprenant. La gestion de la communication institutionnelle semble avoir laissé un vide, désormais comblé par des interprétations diverses, parfois contradictoires.
Face à cette opacité, même les membres de la majorité ont dû improviser des explications pour calmer l’emballement médiatique. El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a tenté de clarifier la situation en déclarant qu’Ousmane Sonko n’avait pas fui, mais qu’il était parti « chercher de l’argent » pour le pays. Cette justification, livrée sur le ton de la défense, n’a toutefois pas suffi à dissiper les doutes, d’autant qu’elle suggère une mission financière importante sans fournir de précision sur ses objectifs ou ses interlocuteurs.