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Justice

Vol violent à Ouakam : le procès de Mor Mar Guissé, Pape Amadou Diouf dit « Pape Diass » et Mariama Diallo devant la Chambre criminelle

La Chambre criminelle de Dakar a examiné, ce mardi, une affaire de vol avec violences particulièrement complexe, impliquant Mor Mar Guissé, Pape Amadou Diouf alias « Pape Diass » et sa compagne Mariama Diallo. Les trois prévenus sont poursuivis pour vol avec violences commis en réunion, de nuit, avec usage d’arme blanche et de véhicule. Les faits remontent au 11 novembre 2021, à 4 h 20 du matin, dans le quartier de Ouakam.

Ce jour-là, la victime rentrait chez elle lorsqu’une Ford Focus lui barre soudainement la route. Trois individus en descendent. Selon son témoignage, elle est menacée, étranglée avec un couteau et dépouillée de sa Mercedes ML 350. La violence de l’agression contraste avec la rapidité de l’opération, minutieusement exécutée par ses auteurs présumés.

L’enquête s’oriente rapidement grâce à l’exploitation des images de vidéosurveillance. La Ford Focus utilisée pour l’agression est identifiée. Le véhicule avait été loué sous le nom de Mor Mar Guissé, ce qui conduit les enquêteurs à l’interpeller. Face aux policiers, Guissé admet avoir effectivement loué la voiture, mais soutient l’avoir simplement prêtée à Pape Diass, présenté comme un ancien client sans réelle proximité avec lui. Il nie toute implication, affirmant être un homme « sans histoire », responsable d’un parking et père de famille.

La version de Pape Amadou Diouf diverge radicalement. À la barre comme lors de sa garde à vue, il accuse au contraire Mor Mar Guissé d’être le véritable chef d’orchestre du vol. Il affirme que ce dernier l’a mis en contact avec un certain Khadim Gueye, présenté comme un habitué « des gros coups ». Selon Diass, Guissé lui aurait loué la Ford Focus pour 70 000 FCFA, avant de rejoindre Khadim dans un plan visant à dérober un véhicule de luxe.

Toujours selon son récit, Khadim les rejoint le soir des faits et le trio prend la direction de Ouakam. Vers 2 h du matin, ils repèrent une Mercedes ML 350 qu’ils suivent jusqu’à une ruelle isolée. Là, Khadim et Mor auraient attaqué la victime avant de s’emparer du véhicule. Un plan de revente en Guinée-Bissau est alors mis en place, mais la Mercedes tombe en panne à hauteur de Gouloumbou. Pour poursuivre leur route, Khadim réclame 25 000 FCFA. Pape Diass sollicite alors sa compagne, Mariama Diallo, qui dit avoir envoyé la somme via sa mère « par naïveté ».

Le groupuscule parvient à franchir plusieurs postes de contrôle avant d’être stoppé à Mpack, à la frontière. Pour tenter de passer, les hommes demandent à Mariama de se faire passer pour Mame Anta Diop, propriétaire légitime du véhicule volé. Face à la pression exercée par les policiers et les incohérences relevées dans leurs déclarations, la jeune femme hésite, accepte, puis se rétracte. Pris de panique, ils abandonnent la tentative et prennent la fuite. Pape Diass regagne Dakar clandestinement, mais y sera finalement arrêté.

À l’audience, les versions contradictoires des coaccusés continuent d’alimenter le doute. Mor Mar Guissé rejette fermement toute responsabilité et déclare n’avoir « jamais fréquenté Amadou Diouf ». Pape Diass, lui, maintient que Guissé est l’instigateur du vol et que Khadim — toujours introuvable — était l’exécutant principal. Mariama Diallo, absente à l’audience, avait déjà reconnu devant les enquêteurs avoir envoyé l’argent et tenté de se faire passer pour la propriétaire, tout en soutenant avoir agi par « naïveté ».

Dans son réquisitoire, le procureur a laissé au tribunal le soin d’apprécier la culpabilité de Mor Mar Guissé, estimant les charges moins claires à son encontre. En revanche, il a requis une peine de dix ans de réclusion criminelle et une amende de 500 000 FCFA contre Pape Amadou Diouf. À l’encontre de Mariama Diallo, le parquet demande une peine de deux mois ferme, considérant sa participation comme accessoire mais établie.

La partie civile, représentée par Me Dabo, réclame quant à elle 20 millions de FCFA en dommages et intérêts pour la victime. Les avocats de la défense — Mes Mamadou Guèye, Souleymane Soumaré et Abdou Ndingue — ont plaidé l’acquittement pur et simple, invoquant l’absence de preuves matérielles et les contradictions entre les versions des mis en cause.

Le verdict est désormais attendu, dans un dossier où responsabilités et déclarations croisées rendent la vérité judiciaire particulièrement difficile à établir.


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