Les marchés financiers mondiaux ont été marqués, ce lundi, par une nouvelle envolée spectaculaire de l’or, qui a dépassé pour la première fois de son histoire la barre symbolique des 5.100 dollars l’once. Cette progression s’inscrit dans un contexte d’incertitude géopolitique et monétaire persistante, tandis que les principales places boursières évoluent avec prudence à l’entame d’une semaine dense en rendez-vous économiques.
Le métal jaune, considéré comme la valeur refuge par excellence, s’est hissé à un record absolu de 5.111,07 dollars l’once (31,1 grammes) avant de se stabiliser autour de 5.068,30 dollars en milieu d’après-midi, affichant une hausse de plus de 1,6 %. Cette dynamique haussière est notamment alimentée par la faiblesse du dollar américain et par un regain de méfiance des investisseurs vis-à-vis des monnaies fiduciaires.
Selon Fawad Razaqzada, analyste de marché chez Forex.com, cette évolution traduit « une perte plus large de confiance dans les devises traditionnelles », combinée à une incertitude persistante autour des politiques économiques mondiales. Dans ce climat, de plus en plus de capitaux se redirigent vers des actifs tangibles, perçus comme des réserves de valeur plus sûres.
La récente montée des cours de l’or est également liée aux tensions géopolitiques, notamment autour du Groenland. Les déclarations du président américain Donald Trump, affirmant vouloir s’emparer du territoire et menaçant un temps les alliés européens de taxes douanières en cas d’opposition, ont ravivé les craintes d’une nouvelle escalade diplomatique. Même si ces menaces ont ensuite été nuancées, le simple fait qu’elles aient été formulées a renforcé le climat d’instabilité.
Dans le sillage de l’or, l’argent a lui aussi atteint un niveau inédit, dépassant brièvement les 114,50 dollars l’once avant de refluer légèrement autour de 112,61 dollars, tout en affichant une progression impressionnante de plus de 9 % sur la séance. Pour Daniela Hathorn, analyste chez Capital.com, ce mouvement témoigne d’un changement profond du comportement des investisseurs : les métaux précieux ne sont plus seulement utilisés comme instruments de couverture, mais de plus en plus comme des alternatives crédibles aux monnaies traditionnelles, dans un monde traversé par des fractures politiques, des tensions budgétaires et une incertitude monétaire durable.
Sur les marchés actions, l’ambiance reste plus mesurée. Les investisseurs préfèrent temporiser à la veille d’une réunion très attendue de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui se tient dans un contexte institutionnel délicat. Le président de la Fed, Jerome Powell, a récemment révélé l’existence d’une procédure engagée par le ministère américain de la Justice à son encontre, dénonçant ce qu’il considère comme une tentative d’intimidation de l’exécutif envers l’indépendance de la banque centrale.
En Europe, les principales places ont clôturé sans direction franche. La Bourse de Paris a légèrement reculé, tandis que Londres est restée proche de l’équilibre. Francfort et Milan ont, de leur côté, terminé en timide hausse. Cette prudence prolonge les turbulences observées la semaine précédente, provoquées par les annonces inattendues de Donald Trump sur de possibles sanctions douanières visant certains pays européens.
À Wall Street, l’orientation était plus favorable, les principaux indices affichant des gains modérés, dans l’attente de la publication des résultats de plusieurs géants technologiques. Microsoft, Meta et Tesla doivent dévoiler leurs performances après la clôture de mercredi, tandis qu’Apple publiera ses chiffres jeudi, des annonces susceptibles d’influencer fortement la tendance des marchés.
Parallèlement, le marché de l’énergie connaît également de fortes tensions. Le gaz naturel américain a atteint un sommet inédit depuis 2022, à plus de 6,29 dollars par million de BTU. Cette flambée s’explique par une vague de froid intense touchant une large partie des États-Unis, poussant près de la moitié des États à déclarer l’état d’urgence et faisant grimper la demande de chauffage. En Europe, le contrat de référence TTF néerlandais a également progressé, atteignant un plus haut depuis mars 2025, signe d’un marché toujours sensible aux aléas climatiques et géopolitiques.
Sur le marché des changes, le yen japonais s’est fortement apprécié face au dollar, gagnant plus de 1 % en une séance. Cette hausse est liée à des informations selon lesquelles la Réserve fédérale américaine pourrait soutenir une intervention des autorités japonaises afin de stabiliser la monnaie nippone, affaiblie ces dernières semaines. Pour les analystes, cette perspective renforce l’idée d’une possible coordination entre Tokyo et Washington sur les questions de change.
Dans ce contexte global marqué par l’incertitude, la flambée de l’or apparaît comme un signal fort : les investisseurs cherchent avant tout à protéger leur capital, en privilégiant des actifs perçus comme plus sûrs face aux multiples risques qui pèsent sur l’économie mondiale.