L’ancienne Première ministre du Sénégal, Aminata Toure, a pris part ce vendredi à un panel consacré à la géopolitique de l’eau, organisé dans le cadre de la Conférence de Munch sur la sécurité . S’exprimant à la Public Square du MSC, elle a livré un plaidoyer appuyé en faveur d’une coopération régionale renforcée pour faire face aux défis croissants liés à la gestion des ressources hydriques.
Intervenant en sa qualité de Haut représentant du Chef de l’État, Aminata Touré a alerté sur « l’intensification universelle des conflits locaux ou géopolitiques liés à la raréfaction et au partage de l’eau douce ». Elle a souligné que la question de l’eau n’est plus uniquement environnementale ou technique, mais constitue désormais un enjeu stratégique majeur, au croisement de la sécurité, du développement et de la stabilité politique.
Dans un contexte marqué par les effets accélérés des changements climatiques et une pression démographique soutenue, la rareté de l’eau douce devient un facteur aggravant des tensions. Sécheresses répétées, désertification, recul des nappes phréatiques et inégalités d’accès alimentent des rivalités parfois latentes entre communautés et États, notamment dans les régions dépendantes de bassins fluviaux transfrontaliers. Pour l’ancienne cheffe du gouvernement, ces dynamiques imposent une gouvernance concertée et solidaire, fondée sur le dialogue et la planification commune.
Pour illustrer la pertinence d’une telle approche, Aminata Touré a mis en avant l’exemple de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Senegal, créée en 1972 par le Senegal, la Mauritanie, la Guinée et le Mali. Cette organisation intergouvernementale est dédiée à la gestion intégrée et durable du bassin du fleuve Sénégal, dans une logique de partage équitable des ressources et de bénéfices communs.
Selon elle, l’OMVS constitue un modèle de coopération réussie en Afrique de l’Ouest. À travers des infrastructures structurantes, telles que les barrages et les aménagements hydroagricoles, les États membres ont su transformer une ressource potentiellement conflictuelle en levier de développement partagé. Production d’énergie, irrigation, navigation et sécurité alimentaire sont autant de domaines où l’action collective a permis d’obtenir des résultats tangibles.
Aminata Touré a ainsi affirmé que « lorsque l’Afrique se regroupe pour la défense de ses propres intérêts, elle gagne ». Elle a insisté sur le fait que l’unité africaine demeure le meilleur levier pour éradiquer durablement la pauvreté et garantir la sécurité des populations. Pour elle, les défis hydriques, comme d’autres enjeux stratégiques, exigent une solidarité continentale accrue, capable de dépasser les logiques nationales étroites.
Son intervention à Munich intervient dans un contexte international où la question de l’eau prend une place croissante dans les débats sur la sécurité globale. Plusieurs régions du monde font face à des stress hydriques sévères, et la gouvernance des ressources transfrontalières devient un élément déterminant des équilibres géopolitiques. En portant la voix de l’Afrique sur cette scène internationale, Aminata Touré a rappelé que le continent, bien qu’exposé à de fortes vulnérabilités, dispose aussi d’expériences innovantes et de solutions inspirantes en matière de coopération régionale.
À travers ce plaidoyer, elle a invité les décideurs internationaux à considérer l’eau non pas comme une source inévitable de rivalités, mais comme une opportunité de partenariat et de construction d’une sécurité partagée, fondée sur la gestion concertée et durable des ressources naturelles.