Le dossier ASER–AEE Power continue de susciter de vives réactions. Après l’interview accordée à Walf Quotidien par José, responsable de la société espagnole impliquée dans le marché d’électrification rurale, le député et président de la République des Valeurs (RV), Thierno Alassane Sall, est monté au créneau pour livrer une lecture particulièrement critique des déclarations de l’intéressé.
Pour le parlementaire, l’entretien, qui devait initialement servir de tribune de communication et de défense, aurait finalement produit l’effet inverse. Thierno Alassane Sall estime que les explications fournies par José constituent plutôt des « aveux circonstanciés » sur la gestion des fonds versés dans le cadre du contrat d’électrification rurale.
Au cœur de la polémique se trouve notamment l’avance de 37 milliards de francs CFA perçue par AEE Power. Selon Thierno Alassane Sall, José aurait reconnu, au cours de son entretien, avoir effectivement reçu cette importante somme, tout en étant incapable de préciser clairement où se trouvent aujourd’hui les fonds. L’intéressé aurait expliqué que l’argent était réparti entre plusieurs comptes et qu’il n’existait pas nécessairement de compte spécifiquement affecté à chacun des projets.
Une justification que le président de RV juge peu crédible. À ses yeux, la question centrale demeure celle de la destination réelle des 37 milliards de francs CFA. Thierno Alassane Sall affirme avoir déjà établi, à travers ses propres investigations et prises de position sur le dossier, que les fonds auraient été dissipés à travers plusieurs pays et utilisés à d’autres fins que celles prévues dans le contrat.
Le député pointe également l’écart considérable entre les sommes engagées et les résultats obtenus sur le terrain. Vingt-six mois après le versement de l’avance, moins de 40 villages auraient été électrifiés, alors que le programme prévoyait initialement l’électrification de quelque 1 600 villages. Un bilan que l’opposant considère comme particulièrement préoccupant au regard du montant des fonds mobilisés.
Pour Thierno Alassane Sall, cette situation ne saurait être dissociée des alertes qui auraient été émises en amont. Il évoque notamment une alerte attribuée à la banque Santander concernant des mouvements financiers jugés suspects. Il regrette que cette question n’ait pas été abordée de manière approfondie lors de l’entretien accordé à Walf, ni par José ni par ses interlocuteurs.
Le parlementaire s’interroge par ailleurs sur les démarches entreprises par AEE Power après l’arrivée du nouveau gouvernement. Selon lui, quelques semaines seulement après l’installation des nouvelles autorités, José serait revenu à la charge pour réclamer une rallonge financière de 55 milliards de francs CFA.
Une demande que Thierno Alassane Sall interprète comme une tentative de profiter d’un changement de pouvoir et d’une éventuelle mansuétude des nouvelles autorités. Le député estime que cette démarche pose d’autant plus question que les performances enregistrées dans l’exécution du premier contrat restent, selon lui, très éloignées des engagements initiaux.
Au-delà de la responsabilité supposée de l’entreprise, le président de la République des Valeurs élargit le débat à la réaction des autorités sénégalaises face aux alertes qui auraient été disponibles depuis plusieurs mois. Il s’interroge notamment sur le rôle de l’actuel Premier ministre, dont il rappelle qu’il occupait à l’époque les fonctions de Secrétaire général du gouvernement.
Thierno Alassane Sall affirme que l’actuel chef du gouvernement aurait été alerté dès septembre 2024 au sujet de mouvements considérés comme suspects autour d’AEE Power. Une affirmation qui, si elle devait être étayée par des documents officiels, soulèverait la question de la manière dont ces alertes ont été traitées par les autorités de l’époque.
Le député pose ainsi une question de fond : pourquoi José choisit-il de répondre aux accusations par voie de presse plutôt que de venir s’expliquer devant les autorités judiciaires compétentes ? Pour lui, la gravité des faits allégués commande des réponses précises dans le cadre d’une procédure permettant de déterminer la destination des fonds, les responsabilités éventuelles et les conditions dans lesquelles le marché a été exécuté.
À travers cette nouvelle sortie, Thierno Alassane Sall entend donc maintenir la pression sur le dossier ASER–AEE Power. Il met en parallèle le montant considérable de l’avance versée, les faibles réalisations revendiquées sur le terrain, les alertes bancaires évoquées et la nouvelle demande de financement de 55 milliards de francs CFA.