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Santé

Abass Ndao, futur rempart contre les mutilations génitales féminines au Sénégal

Au Sénégal, les mutilations génitales féminines (MGF) demeurent une réalité douloureuse, souvent dissimulée derrière le silence, la honte ou la méconnaissance. Malgré les avancées législatives et les campagnes de sensibilisation, cette pratique continue d’affecter des milliers de filles et de femmes, en particulier dans certaines zones où les traditions sociales et les dynamiques transfrontalières renforcent sa persistance. Face à ce fléau aux conséquences sanitaires, psychologiques et sociales majeures, le Centre hospitalier Abass Ndao de Dakar s’engage dans une transformation ambitieuse : devenir un centre de référence national, voire régional, pour la prise en charge globale des victimes de mutilations génitales féminines.

Soutenu par l’État du Sénégal, la Ville de Dakar et des partenaires internationaux, l’hôpital des femmes et des enfants ne se limite plus à une réponse ponctuelle ou strictement médicale. Il entend structurer une approche durable, coordonnée et humaine, capable d’accompagner les patientes sur le long terme. Pour le professeur Demba Diédhiou, directeur du Centre hospitalier Abass Ndao, l’enjeu est clair : aller bien au-delà de la réparation chirurgicale. « Beaucoup de femmes vivent avec une mutilation sans toujours en avoir conscience, ou sans oser en parler. Notre rôle est de leur offrir une porte d’entrée sécurisée, bienveillante et compétente », explique-t-il.

Cette « porte d’entrée » repose sur une organisation multidisciplinaire inédite. Chirurgiens, gynécologues, urologues, psychologues et sexologues travaillent désormais de manière concertée afin de construire de véritables parcours de soins. L’objectif est de restaurer non seulement l’intégrité physique, lorsque cela est possible et nécessaire, mais aussi la dignité, l’équilibre psychologique et l’autonomie des patientes. La prise en charge inclut l’écoute, l’accompagnement psychothérapeutique, la réappropriation du corps et de la sexualité, ainsi qu’un suivi médical adapté aux complications à long terme des MGF.

Cette dynamique s’appuie sur une coopération médicale étroite entre Dakar et Marseille. Depuis trois ans, les équipes de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille accompagnent et forment le personnel sénégalais à une approche holistique des mutilations génitales féminines. Cette collaboration met l’accent sur des dimensions longtemps négligées, notamment la santé mentale et la sexualité. Pour la professeure Florence Bretelle, impliquée dans ce partenariat, la chirurgie ne constitue pas une réponse systématique. « Dans de nombreux cas, l’écoute, la psychoéducation et un accompagnement adapté permettent déjà une réparation profonde. Il faut d’abord reconnaître la souffrance et redonner la parole aux femmes », souligne-t-elle.

À terme, le Centre hospitalier Abass Ndao ambitionne de devenir un pôle de référence régional et international, capable d’accueillir, de former et de produire de la recherche sur la prise en charge des mutilations génitales féminines. Cette ambition s’inscrit dans une vision plus large de renforcement du système de santé et de promotion des droits des femmes et des filles.

Les autorités sanitaires et municipales rappellent toutefois que la prise en charge, aussi essentielle soit-elle, ne saurait remplacer la prévention. Malgré une loi criminalisant les mutilations génitales féminines depuis 1999, les chiffres restent préoccupants : plus de 12 % des filles de moins de 15 ans seraient encore concernées au Sénégal. Le ministère de la Santé, la Ville de Dakar et les partenaires communautaires misent désormais sur une stratégie renforcée de sensibilisation, d’éducation et d’implication des leaders religieux et coutumiers, dont le rôle est jugé déterminant pour faire évoluer les normes sociales.


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