La tension politique et judiciaire monte autour des récentes déclarations visant le Premier ministre Ousmane Sonko. Autrefois alliés du parti Pastef, Moussa Diop, leader du parti Alternative Générationnelle (AG/Jotna), et Cheikh Oumar Diagne, secrétaire général du Rassemblement pour la Vérité – And Ci Degg (Rv-Acd), sont attendus ce vendredi à la Sûreté urbaine de Dakar. Leur convocation intervient à la suite d’accusations publiques portées contre le chef du gouvernement, lesquelles ont suscité une auto-saisine du procureur de la République.
Les deux hommes se sont récemment illustrés par des sorties médiatiques très critiques à l’endroit d’Ousmane Sonko. Moussa Diop a affirmé que le leader de Pastef aurait des « amis homosexuels », une déclaration qui a rapidement suscité de vives réactions dans l’opinion publique et au sein de la classe politique. De son côté, Cheikh Oumar Diagne a accusé le Premier ministre d’être responsable de la mort de l’étudiant Abdoulaye Bâ, décédé lors des manifestations survenues à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Ces accusations, jugées particulièrement graves, ont entraîné l’ouverture d’une procédure judiciaire. Selon les informations rapportées par L’Observateur, la justice pourrait retenir contre les deux personnalités le délit de diffusion de fausses nouvelles. Interrogé par le quotidien, l’avocat Ousseynou Gaye souligne que cette qualification pénale est souvent privilégiée par les autorités judiciaires dans ce type de dossier. Elle expose ses auteurs à des sanctions particulièrement lourdes, pouvant aller de cinq à dix ans d’emprisonnement.
L’homme de loi précise que la diffamation pourrait également être évoquée dans ce dossier. Toutefois, dans la pratique judiciaire, la diffusion de fausses nouvelles est parfois retenue afin d’éviter l’application du délai légal de dix jours accordé aux personnes poursuivies pour apporter les preuves de leurs accusations, ce que l’on appelle l’exception de vérité. Ce choix juridique permettrait alors aux autorités de procéder plus rapidement à des mesures coercitives, notamment un éventuel placement sous mandat de dépôt.
Au-delà de l’aspect judiciaire, cette affaire soulève également des enjeux politiques. L’enseignant-chercheur Demba Guèye estime que les conséquences pourraient être très différentes pour les deux hommes. Selon lui, Cheikh Oumar Diagne ne court pratiquement aucun risque sur le plan politique. Il considère que les propos du leader du Rassemblement pour la Vérité – And Ci Degg s’inscrivent dans un débat plus large autour de la question des franchises universitaires et des responsabilités lors des manifestations à l’Université Cheikh Anta Diop.
En revanche, la situation pourrait être plus délicate pour Moussa Diop. Toujours selon l’analyse de Demba Guèye, les accusations portant sur les mœurs du Premier ministre pourraient fragiliser l’image de l’ancien directeur général de Dakar Dem Dikk. L’enseignant-chercheur estime que ces propos apparaissent disproportionnés et peu opportuns pour une personnalité politique de son envergure, au risque d’entamer sérieusement sa crédibilité sur la scène publique.
Cette convocation à la Sûreté urbaine intervient dans un climat politique déjà marqué par de fortes tensions entre le pouvoir et certaines figures de l’opposition ou d’anciens alliés du mouvement Pastef. Elle pourrait constituer une nouvelle étape dans la gestion judiciaire des discours politiques jugés attentatoires à l’honneur ou à la stabilité publique.
L’audition des deux responsables politiques est donc très attendue, tant par les observateurs de la vie politique que par l’opinion publique. Elle devrait permettre de déterminer si les accusations portées relèvent de la liberté d’expression dans le débat politique ou si elles franchissent la ligne rouge du droit pénal sénégalais.