Alors que la polémique autour du contrat d’électrification confié à AEE Power Sénégal ne cesse d’enfler, le Directeur général de l’Agence sénégalaise d’Électrification rurale (ASER), Jean Michel Sène, se retrouve au cœur d’une contradiction qui intrigue. D’un côté, il refuse obstinément de répondre à la sommation interpellative envoyée par l’administrateur d’AEE Power, M. Saidou Kane ; de l’autre, il s’exprime abondamment sur les réseaux sociaux, notamment dans un live diffusé sur sa page Facebook, pour répondre à un acteur politique, le député Thierno Alassane Sall. Une posture qui suscite incompréhension et questionnement, tant chez les juristes que chez les observateurs du monde des marchés publics.
Cette affaire, désormais connue sous le nom d’« ASER-GATE », trouve son origine dans des propos tenus le 2 septembre 2024 par Jean Michel Sène lors d’une émission sur la Radio-Télévision Walfadjri. À cette occasion, le DG de l’ASER avait formulé des accusations particulièrement graves à l’encontre de Saidou Kane, l’impliquant dans des faits de falsification dans le cadre de l’exécution d’un marché public. Face à ces déclarations publiques, AEE Power Sénégal a réagi en déposant une sommation interpellative, non seulement contre M. Sène, mais aussi contre le média et la journaliste Khady Sylla, qui avait mené l’interview.
Dans cette sommation, M. Kane, par l’intermédiaire de ses avocats, pose huit questions précises visant à établir la véracité ou non des accusations proférées. Il y est notamment question d’un contrat signé le 23 février 2024 entre l’ASER et AEE Power EPC, d’un satisfecit délivré le même jour, d’un contrat tripartite signé le 25 novembre 2023, ainsi que d’une décision rendue par l’ARCOP le 3 juillet 2024 ordonnant la suspension d’une résiliation de contrat. Les avocats souhaitent également des éclaircissements sur la nature juridique exacte de la relation contractuelle entre l’ASER et AEE Power Sénégal, et sur les implications d’une éventuelle rupture du contrat vis-à-vis de la garantie souveraine de l’État sénégalais.
Pourtant, depuis la réception de cette sommation, Jean Michel Sène n’a apporté aucune réponse concrète aux questions posées. Pire encore, selon des sources proches du dossier, les représentants de l’ASER se sont contentés de réponses vagues, promettant de « transmettre au DG » ou de « faire suivre au service compétent », sans jamais donner suite aux interpellations. Cette attitude est perçue, du côté de AEE Power Sénégal, comme un mépris manifeste pour une procédure légale pourtant claire dans ses attendus et dans son importance.
Ce mutisme devient d’autant plus problématique que, parallèlement, M. Sène a choisi de s’exprimer longuement ce 19 juin 2025 via un direct Facebook. Il y a notamment répondu aux critiques formulées par le député Thierno Alassane Sall sur la gestion du projet d’électrification. Jean Michel Sène a défendu la régularité des procédures, a détaillé les mécanismes de garantie et a vanté les innovations apportées au contrat, comme l’insertion professionnelle de jeunes Sénégalais et la relocalisation d’une partie des bénéfices économiques au Sénégal.
Mais en réaffirmant ses accusations à l’égard de Saidou Kane dans cette intervention, tout en continuant à ignorer la sommation qui lui est légalement adressée, Jean Michel Sène entretient une asymétrie préoccupante. D’un côté, il revendique la transparence et la légalité. De l’autre, il évite soigneusement d’en répondre formellement dans un cadre juridique.
Ce silence, devenu assourdissant, soulève une question cruciale : pourquoi Jean Michel Sène choisit-il de répondre aux critiques politiques sur les réseaux sociaux, tout en se dérobant aux voies légales initiées par ceux qu’il accuse ? Si ses affirmations sont fondées, pourquoi ne pas y répondre clairement, point par point, dans le cadre de la sommation, devant notaire, comme le droit l’exige ?
La situation actuelle place Jean Michel Sène face à ses responsabilités. En ne répondant pas à la sommation interpellative, il entretient le flou et alimente la méfiance autour de l’ASER et de sa gestion. Or, c’est bien la transparence, l’impartialité et le respect des procédures qui devraient guider l’action publique, surtout lorsqu’il s’agit de projets aussi sensibles que l’électrification de milliers de localités sénégalaises.