Le bras de fer entre l’ancien ministre de l’Énergie, Thierno Alassane Sall, et l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) prend une tournure judiciaire de plus en plus tendue. Ce conflit, initialement politique et administratif, s’est désormais déplacé sur le terrain des tribunaux, avec des accusations croisées autour d’un vaste programme d’électrification rurale évalué à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.
Tout est parti de la plainte déposée par Thierno Alassane Sall devant le pool judiciaire financier. Le leader du parti La République des Valeurs accuse la direction actuelle de l’ASER, dirigée par Jean Michel Sène, de mauvaise gestion et d’irrégularités dans l’exécution de certains projets publics. Mais la riposte n’a pas tardé. Invité ce vendredi sur le plateau de Walftv, Ousmane Noreyni Gueye, responsable de la communication numérique de l’agence, a annoncé que l’ASER allait à son tour déposer une plainte contre l’ancien ministre.
Selon les déclarations de M. Gueye, le dossier visé concerne un projet d’électrification rurale d’un montant global de 60 milliards de francs CFA, signé en 2016, à l’époque où Thierno Alassane Sall occupait le portefeuille de l’Énergie. Ce programme avait été confié à la société Minan Distribution et devait permettre le raccordement de 1 144 villages à travers le pays. Or, près de neuf ans plus tard, les résultats seraient loin des attentes initiales.
La direction actuelle de l’ASER affirme que seulement 368 villages ont été effectivement électrifiés, alors que 45 milliards de francs CFA ont déjà été décaissés. Pour le directeur général Jean Michel Sène, ces chiffres traduisent de « graves anomalies » dans la mise en œuvre et le suivi du projet. Il estime que l’ancien ministre doit désormais rendre des comptes sur la gestion des fonds mobilisés, les procédures d’attribution du marché, ainsi que le contrôle exercé sur l’entreprise exécutante.
L’affaire pourrait ainsi devenir un nouveau test pour la justice financière sénégalaise, dans un contexte marqué par une intensification des enquêtes sur la transparence et la reddition des comptes dans la gestion des ressources publiques. D’un côté, Thierno Alassane Sall, connu pour son discours en faveur de l’éthique et de la bonne gouvernance, entend faire la lumière sur ce qu’il considère comme des dérives au sein de l’administration. De l’autre, la direction de l’ASER affirme vouloir défendre son honneur et clarifier les responsabilités autour d’un projet qui, selon elle, a connu ses premières irrégularités sous le mandat de son accusateur.