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Le monde / Afrique

Cameroun : Issa Tchiroma Bakary revendique la victoire à la présidentielle et défie Paul Biya

L’ancien ministre camerounais passé à l’opposition, Issa Tchiroma Bakary, a revendiqué, ce mardi 14 octobre, la victoire à l’élection présidentielle tenue dimanche dernier. À 79 ans, celui qui fut longtemps proche du régime de Yaoundé s’est exprimé sur sa…

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Cameroun : Issa Tchiroma Bakary revendique la victoire à la présidentielle et défie Paul Biya

L’ancien ministre camerounais passé à l’opposition, Issa Tchiroma Bakary, a revendiqué, ce mardi 14 octobre, la victoire à l’élection présidentielle tenue dimanche dernier. À 79 ans, celui qui fut longtemps proche du régime de Yaoundé s’est exprimé sur sa page Facebook, défiant directement le président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans. Les résultats officiels du scrutin ne sont pourtant pas attendus avant deux semaines.

« Notre victoire est claire. Elle doit être respectée », a déclaré Issa Tchiroma, appelant le gouvernement à « accepter la vérité des urnes » ou à « plonger le pays dans un tourment ». Le président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) a annoncé qu’il rendrait public un rapport détaillé des résultats région par région dans les prochains jours.

Cette déclaration audacieuse intervient dans un contexte de forte tension post-électorale. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a rappelé dimanche soir, lors d’une conférence de presse, que toute proclamation de résultats avant celle du Conseil constitutionnel constitue une « ligne rouge ». Les autorités, pour l’heure, n’ont communiqué ni le taux de participation ni la date exacte de la proclamation officielle, simplement prévue avant le 26 octobre. Ce silence entretient les soupçons de fraude en faveur du président sortant, réélu depuis plus de deux décennies avec des scores dépassant souvent les 70 %.

Dans une vidéo d’environ cinq minutes publiée sur les réseaux sociaux, Issa Tchiroma, visiblement ému, a affirmé avoir remporté une « victoire écrasante », qu’il qualifie de « sanction claire du régime en place et de plébiscite en faveur d’un changement immédiat ». Ce ministre démissionnaire, qui avait quitté la majorité présidentielle en juin après plus de vingt ans de loyauté, a su mobiliser plusieurs milliers de partisans durant sa campagne, marquée par un ton de rupture et de réconciliation nationale.

Le politologue Stéphane Akoa, cité par l’AFP, estime que cette élection a été « beaucoup plus animée » que les précédentes, laissant entrevoir la possibilité de véritables surprises. « La lassitude du corps électoral est réelle », observe-t-il, rappelant que plus de 40 % des Camerounais vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024, selon la Banque mondiale.

Dans certains quartiers de Yaoundé, notamment à la Briqueterie, bastion du candidat, des partisans ont célébré dimanche soir la « victoire » autoproclamée de Tchiroma en scandant : « Au revoir Paul Biya, Tchiroma arrive ».

Issa Tchiroma, qui portait les couleurs de l’Union pour le changement 2025 — une coalition de petits partis et d’organisations de la société civile —, a axé sa campagne sur la transition politique et la reconstruction du pays. Il a reconnu, dans un rare exercice d’autocritique, ses erreurs passées lorsqu’il était ministre, notamment le fait d’avoir « nié l’existence d’un problème anglophone ». Il propose désormais une période de transition de trois à cinq ans pour refonder les institutions et réconcilier les Camerounais.

Cette situation rappelle celle de 2018, lorsque Maurice Kamto, arrivé officiellement deuxième, s’était lui aussi proclamé vainqueur avant d’être arrêté. Ses partisans avaient alors été violemment dispersés et plusieurs d’entre eux sont encore emprisonnés.

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