Ancienne ministre, enseignante, syndicaliste et figure du féminisme sénégalais, Awa Fall Diop a exprimé, ce mardi 24 mars, de vives préoccupations quant à l’évolution du climat social et juridique au Sénégal concernant les droits des minorités sexuelles et des femmes. Dans un entretien accordé à Radio France Internationale, elle a affirmé que « beaucoup » de lesbiennes ont quitté le pays à la suite du durcissement des sanctions pénales contre l’homosexualité, récemment voté par l’Assemblée nationale.
Selon elle, cette situation traduit une intensification de la répression qui pousse de nombreuses femmes à l’exil. Elle décrit un contexte marqué par un sentiment d’insécurité grandissant pour les personnes concernées, soulignant qu’il est « extraordinaire » de ne pas se sentir en sécurité dans son propre pays. Awa Fall-Diop évoque également une atmosphère devenue particulièrement pesante, y compris au sein des milieux militants. Elle explique que le simple fait d’aborder la question de l’homosexualité expose désormais à des accusations d’apologie ou de promotion, rendant le débat public de plus en plus difficile.
Au-delà de cette problématique, la militante féministe a attiré l’attention sur la persistance des violences faites aux femmes, en particulier les féminicides. Elle regrette l’absence de mesures concrètes malgré deux années d’alternance politique, estimant que les avancées restent pour l’instant limitées au discours. Toutefois, elle reconnaît une évolution symbolique importante : la prise en compte de ces questions au plus haut niveau de l’État, où elles commencent à intégrer le langage institutionnel.