Société
Bras de fer autour du recouvrement fiscal : le Trésor public dénonce une « confiscation » de ses prérogatives
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par
Diack
La réforme des finances publiques ouvre un nouveau front social au Sénégal. Dans un communiqué rendu public ce jeudi 21 mai 2026, le Syndicat unique des travailleurs du Trésor (SUTT) a vivement réagi aux orientations contenues dans les projets de réforme du Code général des impôts et du Code des douanes. Le syndicat accuse la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) ainsi que la Direction générale des Douanes (DGD) de vouloir remettre en cause des prérogatives historiquement attribuées au Trésor public.
Au cœur de la contestation figure la volonté exprimée par la DGID de récupérer le recouvrement des impôts locaux. Une perspective que le SUTT considère comme une remise en cause directe du rôle du Trésor dans la chaîne financière de l’État. Le syndicat affirme que cette mission est assurée depuis des décennies par les agents du Trésor avec « efficacité, responsabilité et professionnalisme ». Il juge dès lors « inopportune, infondée et inélégante » toute tentative de transfert de cette compétence.
Pour les responsables syndicaux, cette initiative intervient dans un contexte particulier marqué par la mise en œuvre du SIGIF, le Système intégré de gestion de l’information financière, présenté comme l’un des plus importants chantiers de modernisation de l’administration publique sénégalaise. Le SUTT souligne que le Trésor y joue un rôle central et estime paradoxal qu’au moment où les pouvoirs publics cherchent à renforcer l’intégration et la cohérence des circuits financiers, certaines directions veuillent fragmenter davantage les fonctions de recouvrement et de trésorerie.
Le syndicat ne limite pas ses critiques à la seule administration fiscale. Il accuse également la Direction générale des Douanes de profiter de la réforme du Code des douanes pour réclamer le recouvrement des droits de douane. Une orientation perçue par le SUTT comme une démarche « corporatiste » susceptible de fragiliser l’équilibre institutionnel entre les différentes administrations financières.
Selon le syndicat, dissocier le recouvrement des opérations de trésorerie pourrait avoir des conséquences importantes sur la gestion des finances publiques. Le Trésor insiste notamment sur la nécessité de maintenir un lien étroit entre les opérations de perception et celles de centralisation des ressources publiques afin de garantir une meilleure visibilité sur les flux financiers de l’État et des collectivités territoriales.
Dans son communiqué, le secrétariat général du SUTT, dirigé par El Hadji Dioumorou Dia, appelle directement les plus hautes autorités de l’État à intervenir dans ce dossier sensible. Le syndicat sollicite notamment l’arbitrage du ministre des Finances et du Budget afin, dit-il, de préserver « l’intérêt supérieur de la nation » ainsi que la viabilité financière des collectivités territoriales.
Le SUTT réclame également une évaluation approfondie de la réforme intervenue en 2009 sur le transfert du recouvrement des impôts d’État. Dix-sept ans après son application, le syndicat souhaite que la Cour des comptes mène un audit objectif et transparent des résultats de cette réforme. Selon lui, cette expérience aurait entraîné un manque à gagner important pour les finances publiques en raison des frais liés au recours à des tiers intervenants tels que les huissiers et les commissaires-priseurs.
Le syndicat soutient que le Trésor dispose déjà de ressources humaines qualifiées et spécifiquement formées pour assurer ces missions sans coûts additionnels importants pour l’État. Il estime ainsi que les réformes envisagées risquent davantage de multiplier les charges administratives que d’améliorer les performances du système de recouvrement.
En parallèle, le SUTT invite les services des Impôts et des Domaines à concentrer leurs efforts sur la modernisation de l’assiette fiscale locale et sur le respect du calendrier fiscal. Le syndicat considère en effet que plusieurs mécanismes de fiscalité locale restent encore obsolètes et nécessitent une actualisation en profondeur pour améliorer les recettes des collectivités territoriales.
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