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Crise entre Air Sénégal et Carlyle Aviation : quatre avions rendus, riposte juridique engagée

Air Sénégal traverse une zone de turbulences financières et juridiques. La compagnie nationale sénégalaise a annoncé la restitution de quatre avions à son bailleur Carlyle Aviation Partners, à compter du 19 juin 2025. Cette décision intervient dans un contexte de conflit aigu entre les deux parties, marqué par une saisie conservatoire de 1,8 milliard FCFA opérée par l’Association du transport aérien international (IATA), à la demande du bailleur américain.

À l’origine de cette crise, un différend portant sur la location d’un Airbus A319 dont le contrat aurait expiré en octobre 2024. Carlyle accuse Air Sénégal de ne pas avoir restitué l’appareil dans les délais, en violation d’un accord d’achat antérieur. Le bailleur reproche également à la compagnie sénégalaise de ne pas avoir respecté les conditions contractuelles, tout en augmentant unilatéralement les prix de location et les tarifs d’achat par la suite. En réaction, Carlyle a saisi l’IATA, qui a décidé de geler les recettes d’Air Sénégal générées via son système de règlement intercompagnies.

Face à cette mesure jugée « abusive et sans fondement juridique », le directeur général adjoint d’Air Sénégal, Farba Diouf, a adressé une mise en demeure ferme au Directeur régional de l’IATA, Fabrice Sahiri. Intitulée « Contestation de la saisie conservatoire appliquée par l’IATA sur nos recettes valant mise en demeure préalable avant poursuite », la correspondance dénonce une « violation manifeste du droit OHADA », en insistant sur le caractère illégal d’une saisie sur des recettes futures. La direction d’Air Sénégal exige donc la levée immédiate de cette mesure et la restitution des fonds retenus depuis mars 2025.

Dans sa contre-offensive, la compagnie va jusqu’à accuser l’IATA de s’arroger des prérogatives supérieures à celles d’une banque centrale comme la BCEAO, et demande à l’organisation de produire les textes juridiques internationaux autorisant une telle saisie. Air Sénégal conteste aussi la méthode utilisée par Carlyle, estimant que le contentieux aurait dû être réglé dans un cadre contractuel ou arbitral, plutôt que via un gel unilatéral des avoirs.

En parallèle à la riposte juridique, la compagnie a pris une décision radicale : mettre fin à sa collaboration avec Carlyle Aviation Partners et restituer les quatre avions affrétés, soit deux Airbus A319 et deux Airbus A321. Deux de ces appareils sont déjà immobilisés à Châteauroux, en France, signe d’un désengagement entamé depuis plusieurs semaines.

Consciente des risques de perturbations que pourrait entraîner cette rupture dans sa flotte, la direction d’Air Sénégal a déjà sollicité son Conseil d’administration afin d’autoriser l’affrètement de nouveaux appareils. Selon L’Observateur, les constructeurs Boeing et Airbus ont tous deux soumis des offres de location à court terme, en attendant la validation formelle du Conseil.

Cette affaire met en lumière les difficultés structurelles auxquelles fait face Air Sénégal depuis sa création en 2016, malgré les ambitions de faire émerger une compagnie moderne et compétitive dans le ciel africain. Entre pressions financières, exigences de rentabilité et litiges commerciaux, la compagnie nationale doit désormais naviguer avec prudence pour éviter une crise plus profonde.


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