Dans les foyers de Dakar, l’électricité est devenue un véritable casse-tête quotidien. Depuis l’installation du compteur prépayé « Woyofal », censé simplifier la gestion de la consommation et soulager les ménages, les plaintes ne cessent de s’accumuler. Recharges qui s’épuisent à une vitesse inexplicable, montants en hausse constante, factures devenues insupportables : un sentiment d’injustice et d’incompréhension gagne les consommateurs, rapporte L’Observateur.
À la Médina, l’une des zones les plus densément peuplées de la capitale, Rackiy Sow vit cette situation avec amertume. Mère de famille, elle supporte seule les charges d’un foyer nombreux. Dans son salon faiblement éclairé, elle fixe avec anxiété le compteur « Woyofal » qui émet un bip régulier. « C’est devenu mon cauchemar », confie-t-elle à L’Observateur. « Chaque fois qu’on parle de courant, j’ai des palpitations. Je n’arrive plus à comprendre la vitesse à laquelle le crédit disparaît. »
Elle se souvient d’un exemple précis : le 1er septembre, après une recharge, son compteur affichait 154 kWh. Quelques semaines plus tard, pour la même somme, il n’en indiquait plus que 103. « C’est incompréhensible. On se prive, on fait attention, mais la consommation augmente comme si quelqu’un tirait dessus en douce. C’est une succession de désillusions », soupire-t-elle.
Son témoignage fait écho à celui de nombreux Dakarois, tous confrontés à la même énigme énergétique. Omar Mbaye, un jeune habitant de Colobane, raconte lui aussi son désarroi : « Avant, avec 200 francs, on pouvait avoir près de 200 kWh. Aujourd’hui, on n’atteint même plus 170. Et pourtant, je n’ai rien changé dans ma consommation. » Il se souvient de sa dernière recharge : « Le 30 septembre, j’ai mis 500 francs. Le lendemain, à 17 heures, le voyant rouge s’est rallumé. Six jours plus tard, le compteur affichait à peine 103 kWh. Je ne comprends plus rien. »
Ces témoignages illustrent une tendance lourde : la hausse des coûts de l’électricité est devenue une réalité dans la capitale. Ce qui devait être un outil de transparence et d’autonomie est désormais perçu comme une source d’angoisse. Selon L’Observateur, la plupart des usagers dénoncent un système de tarification opaque et une consommation devenue imprévisible. Plusieurs affirment ne plus pouvoir anticiper leurs dépenses énergétiques, ce qui bouleverse l’équilibre économique des ménages.
« Tout est cher aujourd’hui, même l’électricité », lâche Omar avec résignation. « Avant, on pouvait planifier nos dépenses. Maintenant, le courant n’est plus bon marché. Les factures sont insupportables, tout comme le coût des appareils électroménagers. »
Dans les quartiers populaires comme dans les zones plus aisées, le sentiment est le même : le compteur « Woyofal », initialement présenté comme un progrès, symbolise désormais une nouvelle forme de précarité énergétique. Les foyers se sentent démunis face à un système qu’ils jugent injuste, sans explication claire ni accompagnement des autorités.
Pour l’heure, la Senelec et les pouvoirs publics restent discrets face à cette vague de mécontentement. Aucune mesure concrète n’a été annoncée pour apaiser la colère des consommateurs ou clarifier les modalités de tarification. En attendant, des milliers de familles continuent de voir leur crédit s’évaporer jour après jour, impuissantes, au rythme des bips stridents de leur compteur « Woyofal ».