Alors que le débat autour de la dette publique et du déficit budgétaire alimente les discussions dans les cercles politiques, économiques et citoyens, Dr Babo Amadou Ba, Directeur général du Fonds de Financement des Projets et Programmes Transversaux (3FPT) et spécialiste en finance de marché, a décidé de sortir du silence. Dans une analyse fouillée, il a apporté des clarifications essentielles sur les choix budgétaires du gouvernement pour l’année 2025, tout en inscrivant ces décisions dans le cadre communautaire de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et dans une perspective de réforme structurelle.
Selon Dr Ba, les décisions actuelles du gouvernement sénégalais s’appuient sur deux textes fondamentaux adoptés en 2009 par l’UEMOA. Il s’agit d’abord de la Directive N°1/2009/CM/UEMOA, qui oblige les États membres à publier dans les trois mois suivant le début d’un mandat présidentiel toutes les informations relatives aux finances publiques, avec un accent particulier sur la dette et les déficits. Ensuite, la Directive N°06/2009/CM/UEMOA, qui a amorcé une réforme des lois organiques pour introduire une nouvelle culture de gestion publique. Cette réforme a fait basculer les États de la logique de moyens à une logique de résultats, mettant au cœur de l’action publique la performance. L’une des innovations majeures de cette directive est la déconcentration de l’ordonnancement. Jusque-là, seul le ministre chargé des Finances ordonnait les dépenses de l’État. Désormais, les ministres sectoriels, les présidents d’institutions et les directeurs généraux disposent de ce pouvoir, rendant chaque entité responsable de son budget.
S’agissant du budget 2025, Dr Ba a révélé que les autorités ont constaté un déficit budgétaire de 1 600 milliards de FCFA. Ce déficit représente l’écart entre les recettes mobilisées et les dépenses prévues. À cela s’ajoute un service de la dette particulièrement lourd, estimé à 2 973 milliards FCFA, dont 932 milliards pour les seuls intérêts et commissions. En tout, le besoin de financement pour l’exercice 2025 s’élève à 4 573 milliards de FCFA. Dr Ba précise que sur ce montant, 2 973 milliards correspondent à des engagements contractés sous le régime précédent. Il rappelle également que dans les règles actuelles de comptabilité publique, l’amortissement de la dette, c’est-à-dire le remboursement du principal, n’apparaît plus comme une dépense budgétaire classique, mais est classé parmi les opérations de trésorerie. Ce changement explique pourquoi l’amortissement disparaît du cadre budgétaire proprement dit, bien qu’il reste une obligation financière réelle.
L’un des volets les plus sensibles abordés par Dr Ba concerne les risques liés à l’endettement du Sénégal. Il identifie quatre menaces majeures. D’abord, le risque de change, qui survient lorsque l’endettement est libellé dans des monnaies étrangères comme le dollar ou l’euro, et que les fluctuations de ces devises aggravent mécaniquement le montant de la dette. Ensuite, le risque de taux d’intérêt, car une hausse des taux sur les marchés internationaux rend le remboursement plus coûteux. Le troisième danger est celui du refinancement, c’est-à-dire la nécessité d’emprunter à nouveau pour rembourser d’anciennes dettes, ce qui crée un effet boule de neige. Enfin, il mentionne le risque de liquidité, lorsque les marchés se ferment ou deviennent trop coûteux.
Pour faire face à ces risques, le gouvernement a choisi de changer d’approche en se tournant davantage vers le marché domestique. Cette réorientation se traduit par la mise en place d’instruments innovants comme les « patriotes bonds » et les « diaspora bonds ». Ces outils de financement visent à mobiliser les ressources des Sénégalais résidant au pays et à l’étranger, tout en réduisant la dépendance excessive aux bailleurs extérieurs. Ce virage stratégique s’inscrit dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement Durable (SN2D), qui fixe un objectif de rééquilibrage de la structure de la dette à l’horizon 2027. Ainsi, le Sénégal ambitionne d’atteindre une composition de la dette à 59 % de financements domestiques et 41 % de dettes extérieures, contre une situation actuelle dominée à 74 % par l’endettement extérieur.
Dr Babo Amadou Ba insiste sur le fait que les critiques adressées au budget 2025 doivent être contextualisées et dépassionnées. Il soutient que le régime actuel n’a fait que constater l’ampleur des engagements hérités, tout en posant les jalons d’une gestion plus responsable, plus transparente et plus adaptée aux enjeux économiques nationaux et sous-régionaux. À ses yeux, les débats sur le budget devraient porter sur la manière dont l’État sénégalais entend mettre en œuvre les réformes promises dans le sens d’une budgétisation plus performante et tournée vers les résultats.
Au final, l’analyse du Dr Babo Amadou Ba vient remettre en perspective la situation financière du Sénégal, en rappelant que les défis actuels, bien que réels, ne sont pas insurmontables. Ils appellent, selon lui, à des réponses structurées, fondées sur une bonne compréhension des mécanismes financiers, une rigueur accrue dans l’exécution budgétaire et une vision claire de la souveraineté économique.