Société
DISCOURS DU KHALIFE DE BAMBILOR**Synagogue de Seine-Saint-Denis – 18 octobre 2025Thème : Vivre ensemble dans la paix et la dignité humaine
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par
Diack
Chers autorités,
Mesdames et Messieurs les représentants des confessions religieuses,
Distingués invités, chers frères et sœurs,
C’est avec une émotion sincère que je m’adresse à vous aujourd’hui, dans ce lieu de prière empreint de sérénité.
Ma présence ici dépasse le simple cadre d’un échange interreligieux, incarnant l’intime conviction que les fils d’Abraham, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, sont liés par une même lumière, celle de la dignité humaine et du respect mutuel.
Je remercie de tout cœur mon ami, mon frère, le Grand Rabbin de Seine-Saint-Denis pour son accueil fraternel.
– Le Grand Rabbin Moché Moïse Lewin, dont la sagesse et l’engagement pour la diplomatie religieuse inspirent profondément ceux qui croient en la force du dialogue interreligieux.
Par sa parole et son action, il nous montre que la foi peut être un pont entre les peuples, un instrument de paix et de fraternité véritable.
Ce geste, au-delà de sa portée symbolique, nous rappelle qu’en des temps troublés, la diplomatie religieuse demeure l’un des rares remparts contre la fracture des âmes et la division des peuples.
Son combat de longue date pour la paix et la coopération interreligieuse force le respect.
Je comprends pleinement pourquoi le Président de l’État d’Israël l’a choisi pour représenter la communauté juive lors du Colloque international sur la diplomatie religieuse à Dakar, un événement que mon ONG a coorganisé avec l’Université Cheikh Anta Diop.
Là-bas, il a laissé des traces indélébiles dans les esprits par la profondeur de ses interventions et la sincérité de son engagement.
Qu’il en soit vivement remercié.
Je tiens également à remercier chaleureusement Monsieur Jean-Michel Genestier, Maire du Raincy, pour sa présence et son soutien.
– Vous êtes un homme de terrain et de conviction.
Sous votre impulsion, la ville du Raincy est devenue un espace de coexistence pacifique, un exemple de vivre-ensemble, où le respect de chacun fait la fierté de tous.
– Je salue également Monsieur Ludovic Toro, Maire de Coubron et Conseiller régional d’Île-de-France, dont le parcours illustre une politique du cœur, attentive à la dignité humaine et au bien commun.
Homme de dialogue et de bienveillance, il incarne cette alliance précieuse entre responsabilité publique et humanisme spirituel.
Cette assemblée traduit de manière concrète ce que Dieu nous a enseigné à propos de la diversité des hommes.
En effet, le Saint Coran nous enseigne, dans la sourate Al-Hujurât :
﴿ يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَىٰ وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا ۚ إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ﴾
« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, afin que vous vous connaissiez entre vous. Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. »
Par conséquent, la diversité n’est ni une menace ni un obstacle, mais un dessein divin.
Elle est une invitation à la rencontre, à la reconnaissance de l’autre dans sa singularité.
À l’échelle du monde, cette reconnaissance doit se traduire par une diplomatie des consciences, une diplomatie religieuse qui transcende les appartenances et s’adresse à ce qu’il y a de plus universel en chacun de nous : le cœur humain.
Elle nous enseigne que la paix ne s’impose pas par la force, mais se construit par le respect, la patience et l’écoute sincère.
Elle nous rappelle que le croyant, quel qu’il soit, reconnaît en tout être humain une parcelle du divin.
Le Coran dit encore, dans la sourate Hud :
« Si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait fait des hommes une seule communauté. »
Ainsi, l’unité ne consiste pas à effacer les différences, mais à les faire dialoguer.
À tisser, entre traditions, des liens qui ouvrent un horizon commun — celui d’une humanité réconciliée.
Judaïsme, christianisme et islam puisent à la même source, partagent une mémoire millénaire, et parfois, une même espérance.
C’est pourquoi nous devons dépasser l’idée passive de « coexistence » pour entrer résolument dans celle, plus exigeante, de co-construction spirituelle.
Nous ne sommes pas simplement appelés à vivre côte à côte, mais à bâtir ensemble un monde plus juste, plus humain.
Depuis cette synagogue, je veux lancer un appel : que nos religions ne soient plus perçues comme des frontières d’identité, mais comme des foyers de lumière partagée.
Ensemble, nous avons la responsabilité de témoigner que la foi, loin de diviser, peut unir ; qu’elle peut devenir un langage d’espérance dans un monde en quête de sens.
Il est dit dans le Talmud : « Qui sauve une vie sauve l’humanité tout entière. »
Et le Coran fait écho à cet enseignement : « Quiconque sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité tout entière. »
Cette convergence est le signe que dans la profondeur de nos textes sacrés se trouvent les graines d’une fraternité universelle.
Et justement, aujourd’hui, un frémissement d’espoir traverse un conflit que l’on croyait figé.
Après des mois de violence et de souffrances, un cessez-le-feu a été conclu entre Israël et le Hamas.
Des otages ont été libérés, des prisonniers relâchés, et l’aide humanitaire circule à nouveau vers Gaza.
Au-delà des tractations, ce sont des vies sauvées, des familles réunies, des blessures pansées.
À ce moment charnière, je souhaite exprimer un appel sincère à la paix entre Israël et la Palestine.
Il est essentiel que le dialogue soit maintenu avec les deux parties.
Les deux peuples, dans leur histoire, leur souffrance et leur espérance, sont pleinement conscients que seule une voie de respect mutuel peut mener à une paix durable.
Aucun des deux ne peut être ignoré si l’on veut construire une solution juste.
C’est par la parole, l’écoute et la reconnaissance de l’humanité de l’autre que pourra émerger une paix véritable.
Soutenus par des partenaires internationaux, certains leaders ont osé remettre la paix au centre du discours.
Le chemin reste incertain, mais un pas a été franchi.
Ce signe, si fragile soit-il, appelle chacun de nous à la vigilance, à l’engagement.
Car la paix n’est pas un miracle, c’est un effort quotidien.
C’est le choix, répété chaque jour, de tendre la main plutôt que de brandir le poing.
Nous devons accompagner cette dynamique, la renforcer, et rappeler au monde que ce qui unit les hommes est plus fort que ce qui les divise.
Pour conclure,
Mes frères, mes sœurs,
Mes amis,
Ce moment que nous partageons ici dépasse les mots. Il est rare, profond, et historique.
Oui, aujourd’hui, un Khalife musulman s’adresse à vous depuis une synagogue — un lieu saint du peuple du Livre.
Et ce simple fait, à lui seul, est un message au monde : celui que la foi peut rassembler là où les peurs ont divisé, que Dieu n’appartient à personne, mais qu’Il réside dans le cœur de ceux qui aiment et respectent.
Je ressens dans ce lieu une émotion sincère, celle d’un frère qui retrouve d’autres frères.
Les murs de cette synagogue, témoins de tant de prières, accueillent aujourd’hui l’écho d’une prière musulmane : une prière pour la paix, pour la vie, pour l’humanité.
Ce n’est pas un hasard si nos pas nous ont conduits ici.
C’est un signe.
Un signe que le dialogue entre les croyants est possible, qu’il est même nécessaire, et qu’il peut devenir le souffle qui guérit les blessures du monde.
Je vous avoue, mes amis, qu’en ce moment précis, je ne me sens pas invité : je me sens chez moi.
Parce qu’ici, je sens la présence du même Dieu, le souffle du même amour, la lumière de la même espérance.
Et c’est cela, le miracle du vivre-ensemble : quand nos différences cessent d’être des murs pour devenir des fenêtres ouvertes sur la fraternité.
Que cette rencontre ne soit pas un souvenir éphémère, mais le point de départ d’une alliance spirituelle nouvelle, entre les fils d’Abraham, entre les enfants de Dieu.
Que nos cœurs, juifs, chrétiens et musulmans, continuent de battre au même rythme : celui de la paix, du respect et de la dignité humaine.
Et que ce jour, ici au Raincy, reste gravé dans nos mémoires comme le jour où la foi a vaincu la peur,
où la prière a triomphé de la méfiance,
et où l’amour de Dieu a uni ceux que le monde croyait séparés.
*Je vous remercie du fond du cœur.



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