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DPG d’Ahmadou Al Aminou Lô : le pari du réalisme face au piège du slogan

Entre rigueur budgétaire imposée par les marchés et promesse de création de 1,2 million d’emplois, le Premier ministre a livré un grand oral empreint de pragmatisme. En réconciliant l’impératif de rupture avec la lucidité macroéconomique, la feuille de route à l’horizon 2034 pose les jalons d’une souveraineté qui ne se décrète plus, mais se construit au forceps.

Par Aly Saleh

Le temple de la place Soweto a vibré pendant près de trois heures au rythme d’un exercice de vérité inédit. Face aux députés, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô n’est pas venu vendre du rêve ni dérouler des slogans de campagne. Il a opposé à la ferveur populaire la froideur des chiffres et la rigueur de la méthode.

En affirmant d’emblée que « la souveraineté ne se décrète pas […] elle se construit méthodiquement », le chef du gouvernement a opéré un recadrage doctrinal qui se veut salutaire : le Sénégal de la rupture sera lucide, ou ne sera pas.

Le signal envoyé aux marchés

Cette lucidité trouve sa première résonance sur la scène financière internationale. En plaçant le désendettement par la croissance au cœur de son « Master Plan 2034 », Ahmadou Al Aminou Lô s’est adressé autant aux bailleurs de fonds et aux agences de notation qu’à la représentation nationale.

Rassurer les investisseurs, stabiliser les conditions de financement et sanctuariser les futures recettes issues du gaz et du pétrole afin d’alléger progressivement le fardeau de la dette : voilà l’un des principaux ressorts de la trajectoire présentée.

Point d’autarcie économique ici, mais plutôt la volonté affichée de préserver la capacité du Sénégal à maîtriser ses choix stratégiques tout en demeurant un partenaire fiable et crédible dans le concert des nations.

Face au pragmatisme, l’opposition crie au « renoncement »

Dans un hémicycle surchauffé, cette inflexion technocratique n’a pas tardé à crisper les rangs de l’opposition. Sur les réseaux sociaux comme dans les travées de l’Assemblée nationale, les premières salves critiques dénoncent déjà un « rétropédalage en règle ».

Pour les contempteurs du régime, le discours de lucidité du Premier ministre ressemble à s’y méprendre à un aveu d’impuissance face aux dures réalités de la gouvernance.

« Où est passée la rupture radicale promise ? », s’interrogent les députés de l’opposition, qui voient dans cette feuille de route un simple prolongement des politiques antérieures, habillé de nouveaux concepts.

Les critiques pointent notamment le recours persistant aux partenaires internationaux et au secteur privé traditionnel, qu’elles présentent comme une contradiction avec les promesses d’autonomie économique et de souveraineté formulées durant la campagne.

L’épreuve des chiffres : 1,2 million d’emplois en ligne de mire

Reste que le pragmatisme financier devra cohabiter avec une promesse sociale considérable : générer 1 230 000 emplois à l’horizon 2029.

Le modèle présenté, ventilé notamment entre les coopératives agricoles, avec 113 000 emplois annoncés, la pêche, avec 60 000, et le logement, avec 50 000, apparaît cohérent dans sa logique sectorielle. L’agriculture et le BTP demeurent en effet des secteurs susceptibles de jouer un rôle majeur dans la création d’activités et d’emplois.

Mais l’équation reste particulièrement complexe. Comment financer une telle ambition tout en maintenant la discipline budgétaire ? Comment stimuler l’investissement productif alors que les marges de manœuvre de l’État demeurent contraintes ?

Le relais devra nécessairement être pris par un secteur privé national plus solide, accompagné par une administration capable de gagner en efficacité, en célérité et en capacité d’exécution. Le véritable défi sera donc moins de multiplier les annonces que de transformer les orientations en projets concrets, financés et rapidement opérationnels.

L’impératif du « Fayda »

Pour réussir ce grand écart entre orthodoxie budgétaire et impératif de création massive d’emplois, le Premier ministre sait qu’il lui faudra davantage que des lois et des programmes. Il lui faudra une véritable culture de l’action.

C’est tout le sens donné à son appel au « Fayda », mais aussi à la rapidité dans l’exécution des politiques publiques. Car entre la conception d’une stratégie et sa traduction dans la vie quotidienne des Sénégalais, se trouve précisément le maillon sur lequel les gouvernements sont le plus souvent attendus : celui des résultats.

C’est également dans cette perspective qu’il faut comprendre son rappel à l’unité autour du tandem exécutif, résumé par la formule : « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko ». Une formule destinée à réaffirmer la cohésion du pouvoir face aux nombreuses échéances et aux tempêtes politiques qui pourraient se présenter sur le chemin.

Le cap est désormais fixé jusqu’en 2034. Les bases théoriques d’un « pragmatisme souverainiste » sont posées. Reste à savoir si cette doctrine saura résister à l’épreuve du réel.

Car, au sortir de ce grand oral, une certitude demeure : le gouvernement ne sera pas jugé uniquement sur la clarté de sa vision, mais surtout sur l’efficacité de son exécution. Les Sénégalais attendent désormais des résultats mesurables sur l’emploi, le coût de la vie, les infrastructures, la production nationale et l’amélioration de leurs conditions quotidiennes.

Le temps de la parole semble donc largement révolu. La course contre la montre, elle, ne fait que commencer. Et, au bout du compte, c’est bien devant le panier de la ménagère que se mesurera la portée réelle des promesses formulées à la place Soweto.

Aly Saleh


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