Le tribunal correctionnel de Dakar a rendu, le 26 mars 2025, son verdict dans une affaire d’escroquerie impliquant deux anciens hauts responsables de la Délégation générale à la Promotion des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (DGPU). Mamadou Lat Coura Diop Guèye, ex-conseiller juridique, et Ousmane Noël Dieng, ancien chef de cabinet, ont été reconnus coupables d’avoir soutiré la somme de 50 millions de FCFA à une opératrice hôtelière, Khady Diaw, sous prétexte de régulariser des parcelles au Lac Rose. Ils ont écopé chacun d’une peine de 6 mois de prison assortis du sursis.
L’affaire remonte à 2020, lorsqu’une figure bien connue du secteur hôtelier, Mme Khady Diaw, propriétaire de l’hôtel « Trarza » au Lac Rose, sollicite la régularisation de 15 parcelles. À l’époque, elle s’adresse à Mamadou Lat Coura Diop Guèye, alors conseiller juridique à la DGPU, qui la met en relation avec Ousmane Noël Dieng. Ce dernier lui explique que, compte tenu du nouveau statut du Lac Rose devenu pôle urbain, un accord préalable du ministre Diène Farba Sarr est requis.
Quelques jours plus tard, Khady Diaw est informée que le ministre aurait fixé le montant de la régularisation à 50 millions de FCFA. Elle remet alors trois chèques à Mamadou Lat Coura Diop pour ce montant, en échange d’une promesse d’obtention rapide de baux.
Malgré le paiement, aucun bail n’est délivré. Les deux hommes invoquent divers blocages administratifs, dont l’absence de titre foncier global pour le pôle urbain, pour justifier le retard. Face à l’inertie, Mme Diaw mandate un huissier en octobre 2021, puis saisit la Sûreté urbaine en mars 2022 pour escroquerie.
Durant l’enquête, les mis en cause nient avoir escroqué Mme Diaw. Selon Mamadou Lat Coura Diop, les 50 millions de FCFA n’étaient pas un paiement pour un service administratif, mais un « don » destiné à financer leurs activités politiques. « J’ai gardé 10 millions pour mes actions politiques, et 40 millions sont allés à Ousmane Noël Dieng », a-t-il déclaré.
Ce dernier confirme avoir reçu les 40 millions, expliquant qu’il s’agissait d’un soutien promis par Mme Diaw si elle parvenait à régulariser ses parcelles. Il admet n’avoir jamais eu le pouvoir de délivrer des baux, mais se présente comme un facilitateur, proche du ministre Diène Farba Sarr. Il affirme également avoir remboursé l’intégralité des 40 millions à Mme Diaw.
Avant même le procès, les deux prévenus avaient consigné 49,5 millions de FCFA à la Caisse des Dépôts et Consignations. La plaignante exigeant le montant exact, les 500.000 FCFA restants lui ont été remis par l’intermédiaire du clerc de son avocat, Me Boubacar Dramé, le 8 janvier 2025.
Malgré les remboursements, le tribunal a retenu la qualification d’escroquerie, estimant que les éléments constitutifs de l’infraction étaient réunis. Toutefois, en tenant compte du remboursement intégral, les magistrats ont prononcé une peine relativement clémente : six mois de prison avec sursis.