Dakar, 22 septembre 2025 – Le Président du Conseil d’administration de l’Agence nationale de promotion des investissements et des grands travaux (APIX), Lansana Gagny Sakho, a mis en garde ce lundi contre les conséquences des politiques fiscales appliquées de manière unilatérale dans l’espace CEDEAO-UEMOA, notamment sur les secteurs du tabac et de l’alcool.
Dans une analyse publiée ce jour, M. Sakho estime que de telles mesures risquent de provoquer une désindustrialisation, d’alimenter la contrebande et d’affaiblir la souveraineté économique des pays concernés. « Dans un espace communautaire fondé sur la libre circulation des biens, toute politique fiscale unilatérale devient un pari risqué », a-t-il déclaré.
Pour illustrer ses propos, le PCA de l’APIX a rappelé l’exemple de la Manufacture des Tabacs de l’Ouest Africain (MTOA). Ce fleuron industriel sénégalais a récemment fermé ses portes à Dakar pour transférer ses activités à Abidjan. En cause, selon lui : « une fiscalité devenue dissuasive, dans un contexte régional où les différentiels de taxation créent des distorsions insoutenables ».
Il a également évoqué la situation de la SOBOA, filiale du groupe Castel dans le secteur de l’alcool, qui se retrouve dans une stratégie « Go No Go », menacée par la fraude et proche de la fermeture. « Une nouvelle taxe pourrait accélérer ce départ », a averti M. Sakho.
Selon lui, l’absence d’harmonisation fiscale dans la région « transforme les frontières invisibles en failles industrielles », favorisant l’entrée massive de produits moins taxés venus des pays voisins. Cette situation fragilise les producteurs locaux, réduit les recettes fiscales, détruit des emplois et expose l’État à une perte de contrôle économique.
Tout en reconnaissant les impératifs de santé publique, il plaide pour une fiscalité stratégique capable de protéger l’industrie nationale, d’encourager la transformation locale et de s’inscrire dans une vision régionale concertée. « Une taxe bien pensée est un outil de développement. Une taxe isolée devient un facteur de fuite », a-t-il insisté.
M. Sakho observe qu’au sein de la CEDEAO-UEMOA, les hausses répétées de taxes sur le tabac et l’alcool n’ont ni réduit la consommation ni accru durablement les recettes fiscales. Elles ont, au contraire, favorisé la contrebande et fragilisé le tissu industriel local.
En conclusion, Lansana Gagny Sakho a lancé un appel pressant à une approche coordonnée au sein de la CEDEAO-UEMOA. « Notre pays ne peut se permettre de perdre ses usines. Il doit penser sa fiscalité comme il pense son avenir : ensemble, stratégiquement et avec ambition », a-t-il plaidé.