Le monde du sport sénégalais, particulièrement celui du judo, est en deuil. Maître Ankiling Diabone, figure emblématique de cette discipline et l’un des plus grands champions qu’ait connus le Sénégal, a tiré sa révérence ce jeudi 20 novembre à Ziguinchor, des suites d’une maladie. L’illustre judoka, originaire d’Oussouye, s’est éteint à l’âge de 70 ans à l’hôpital de la Paix. La rédaction de Dakaractu présente ses condoléances les plus attristées à sa famille, ainsi qu’à sa nièce, Prudence Diabone, monteuse au sein de la rédaction.
Parmi ceux qui témoignent de son héritage exceptionnel, Landing Diémé, l’un de ses neveux, a rappelé le parcours hors du commun du défunt. Il souligne que ce texte, rédigé en 2020 à partir des indications et de la documentation fournie par maître Ankiling lui-même, reste le reflet fidèle d’une vie dédiée au judo, discipline que le champion « respirait », selon ses mots. Tonton Ankiling, comme il l’appelait affectueusement, fut l’un des plus grands sportifs du pays, cumulant trophées, distinctions, participations aux championnats du monde et aux Jeux olympiques.
Né en 1955 à Oussouye, dans la région de Ziguinchor, Ankiling Diabone était le deuxième d’une fratrie de cinq garçons. Il effectue ses études primaires dans sa ville natale et obtient son Certificat d’études primaires élémentaires en 1968 à l’école catholique Joseph Faye. Son parcours secondaire débute à Oussouye avant de se poursuivre à Thiès, où il décroche son BEPC en 1975 au Centre Randoulène Sud. Dès l’obtention de son diplôme, il intègre le Centre national d’éducation populaire et sportive (CNEPS) de Thiès. C’est là, sous l’enseignement du maître Madani Diakhaté, qu’il découvre le judo, une discipline qui marquera toute sa vie.
Diplômé en 1977 comme maître d’Éducation physique et sportive, il enseigne d’abord durant deux années au Cours Sainte-Marie de Hann. Une bourse de la coopération française lui ouvre ensuite les portes de l’Institut national supérieur de l’éducation physique de Paris. En 1981, il en sort avec plusieurs certifications, dont le Brevet d’État d’éducateur sportif, option judo, et le Brevet national de secouriste.
À son retour au Sénégal, Ankiling Diabone est nommé conseiller technique régional de judo à l’Inspection régionale de la jeunesse et des sports de Dakar. Il y exerce jusqu’en 1985, tout en poursuivant sa carrière sportive au sein du dojo national Momar Dieng, sous la direction spirituelle de maître Amara Dabo. En 1985, il est affecté dans la région naturelle de Casamance où il occupe les mêmes responsabilités tout en enseignant l’EPS au lycée Djignabo et en dirigeant le Stade Aline Sitoé Diatta à partir de 1996.
La carrière sportive d’Ankiling Diabone est l’une des plus riches du judo sénégalais. Dominant la catégorie des -86 kg pendant plus d’une décennie, il remporte de nombreux titres nationaux entre 1979 et 1990. À l’échelle continentale, il s’illustre de manière éclatante, décrochant plusieurs titres de champion d’Afrique, notamment en 1982 au Caire, en 1983 à Dakar, en 1986 à Casablanca et en 1987 à Nairobi. À cela s’ajoutent des participations au plus haut niveau mondial, notamment aux championnats du monde de Maastricht en 1981 et d’Essen en 1987.
Sa carrière olympique constitue un autre volet marquant de son parcours. Il représente le Sénégal aux Jeux de Moscou en 1980, puis à ceux de Séoul en 1988. En 1992, à Barcelone, il prend part à l’aventure olympique en tant qu’entraîneur national de l’équipe sénégalaise de judo, confirmant ainsi son statut de technicien respecté et de formateur accompli.
Son engagement au service du sport ne s’est pas limité à la compétition. Conseiller technique régional pendant près de deux décennies, entraîneur national de 1990 à 1998, directeur de stade, pédagogue passionné et pilier du développement du judo en Casamance, maître Diabone a marqué plusieurs générations d’athlètes et de cadres sportifs.
Les distinctions qui lui ont été décernées témoignent de son aura exceptionnelle. En 1979, il est désigné meilleur judoka de l’année. En 1992, il est élevé au grade de Chevalier de l’Ordre national du Mérite. En 2003, il reçoit le Lion d’Or national et sera plus tard consacré Meilleur Judoka du Cinquantenaire, une reconnaissance suprême pour celui qui aura porté haut les couleurs du Sénégal dans les plus grandes compétitions internationales.