L’ancien Garde des Sceaux, Me El Hadji Amadou Sall, a tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il considère comme une « tournure inquiétante » dans la gestion du débat public au Sénégal, particulièrement autour de l’affaire Pape Malick Ndour. Invité du Jury du dimanche sur iRadio, l’ancien ministre de la Justice a vivement critiqué la manière dont les autorités gèrent la parole publique et le traitement réservé aux opposants politiques.
« Nous ne faisons pas un concours de bêtises. Qui est le plus bête ? Si c’est ça le sort que les gouvernements réservent à la démocratie et au peuple, alors cela ne vaudra plus la peine », a lancé Me Sall d’un ton ferme. Pour lui, le climat actuel est symptomatique d’une « manière de gouverner qui foule aux pieds les principes démocratiques ». L’avocat estime que le Sénégal s’engage dangereusement sur la voie d’un autoritarisme masqué, où la liberté d’expression est de plus en plus menacée.
Abordant la récente arrestation de Pape Malick Ndour, l’ancien ministre a dénoncé ce qu’il appelle la « judiciarisation du débat politique ». À ses yeux, l’usage abusif de la justice pour museler la parole des citoyens constitue une atteinte grave aux libertés fondamentales. « Il y a des règles, il y a la loi. Respectons la loi, point. Nous ne pouvons pas accepter que le débat politique se judiciarise, ni qu’une chape de plomb interdise aux citoyens de s’exprimer et d’être irrévérencieux », a-t-il martelé. Revenant sur la libération de l’ancien ministre de la Jeunesse, il a ajouté, non sans ironie : « Ils l’ont libéré, toute honte bue. »
Pour Me Sall, l’irrévérence n’est pas un crime, mais un droit fondamental dans une démocratie. « J’ai le droit d’être irrévérencieux, y compris à l’endroit du Président de la République. Le respect n’exclut pas la critique », a-t-il soutenu. À travers cette déclaration, l’avocat réaffirme le principe selon lequel la liberté d’expression doit inclure le droit à la contestation, voire à la provocation intellectuelle, tant qu’elle reste dans le cadre légal.
L’ancien Garde des Sceaux voit dans la vague d’arrestations et de poursuites contre des opposants ou des voix critiques « l’expression d’une peur du pouvoir ». Selon lui, ces « emprisonnements intempestifs traduisent une crainte, une peur de la vérité », ce qui, dit-il, remet profondément en cause les avancées démocratiques acquises au fil des décennies.
Me El Hadji Amadou Sall met ainsi en garde contre une régression politique et institutionnelle. Pour lui, le Sénégal, longtemps perçu comme un modèle de démocratie en Afrique, risque de compromettre cet héritage en laissant la justice devenir un outil de dissuasion politique. « Si toute personne qui critique se retrouve en prison, c’est qu’on est face à un régime liberticide, un régime qui a peur », a-t-il conclu, dans un appel vibrant à la défense de la liberté d’expression et des principes démocratiques.